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 “Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.” [ELSA WILSON & PEDRO MORTIMEZ]

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Moldu allié
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MessageSujet: “Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.” [ELSA WILSON & PEDRO MORTIMEZ]   Mer 14 Juin - 0:39

Pedro
&
Elsa
Percutant réveil au delà de la douleur.
Face à elle, il n'y avait que des ruines. Les ruines d'un château inhabité, vide de sens et d'espoir, progressivement devenues celles de son espérance. Face à elle, il n'y avait que des plaines. Des plaines dévorant l'horizon comme la vie dévorait ses rêves, ses désirs et jusqu'à l'avenir du seul être au monde qu'elle portait encore si désespérément en son cœur. Face à elle, il n'y avait que le silence. L'odieux silence qui ravage l'âme et la condamne à la solitude, à l'abandon, à la terreur et peut être même... à la mort.
Non. Elsa ne voulait pas y penser. Cette idée détruisait jusqu'au plus secret de ses sourires et la hantait sans qu'elle n'y puisse rien. Cela faisait longtemps, maintenant, qu'Elsa était poursuivie par le fantôme de ses souvenirs. Et malgré tous ses efforts, ceux-ci venaient toujours briser ses nuits.

« J-je vous en supplie... ! J-je... Ouvrez-nous, o-ouvrez-lui, i-il est l'un des vôtres, v-vous ne pouvez pas le laisser tomber, v-vous ne pouvez pas l'abandonner, j-je... je ne suis pas capable de le protéger, je n'en suis pas capable ! Pitié, OUVREZ... ! »

Mais là encore, le vent vint heurter tous ses espoirs. D'oreille attentive il n'y avait pas. Et aucun regard bienveillant n'avait trouvé bon de se poser sur elle. Les portes du château fantasmagorique ne s'étaient pas ouvertes. Et Elsa avait la sensation qu'elles ne s'ouvriraient jamais. Elle était seule. Ils étaient seuls. Personne ne voulait les aider. Personne ne les aiderait jamais. Ses dernières barrières sautèrent au visage d'une vie trop cruelle et les larmes coulèrent presque violemment tandis qu'elle rebroussait chemin. Il n'y avait rien pour elle, ici. Il n'y avait jamais rien eu. Elle avait été sotte d'y croire. Cela ne se reproduirait jamais plus.

Parcourant les plaines herbeuses d'un monde qui ne voulait pas vraiment d'elle, Elsa se fit progressivement une raison et se laissa aller dans ses cauchemars. Le regard vide, difficilement reconnaissable, d'Aiden lui revint en mémoire et un sanglot coupable de trahison vint rompre son élan.

« N-non, non, non, non, non... Pas maintenant... »

Fermant obstinément les yeux, Elsa se remit en route. Auprès de sa voiture, un petit garçon plein de courage l'attendait et-...

« NON ! »

Le visage de Caleb se superposa brusquement à celui de son frère aîné et, quelque part au milieu de l'armure de titane qu'Elsa refusait de quitter, son cœur se fissura un peu plus qu'il ne l'était déjà. Jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais. Jamais ça. Elsa ne voulait plus revivre ce traumatisme, la douleur de la perte et le deuil, le si terrible deuil duquel elle ne s'était relevée qu'au nom de son cadet. Elsa ne le voulait plus, mais surtout, ne le pouvait plus. Alors, afin que son fils ne voit jamais la faiblesse dont une mère désespérée pouvait faire preuve, afin que le courage et la volonté de son petit garçon ne s'effondrent jamais, Elsa s'autorisa un instant pitoyable, un de ces instants cachés qu'on ne montre à personne en toute une vie. Elsa s'autorisa cet instant et, vaincue par l'horreur, se laissa le droit de pleurer.

Alors, doucement, vicieusement, la détresse devint colère et la colère, ressentiment. Lorsqu'elle arriva à la voiture, quelques longues minutes plus tard, Elsa l'ouvrit sans douceur et s'engouffra à l'intérieur. Une petite tête brune se releva depuis les sièges et lui lança un regard interrogateur, ce qui eut le don d'adoucir son âme rien qu'un court instant.

« M-maman ? On va garer la voiture dans l'école... ?
- Je suis désolée mon cœur. Il n'y a pas d'école.
- H-hein ? M-mais... »


Le cœur d'Elsa se serra tandis qu'une terrible question venait mordre ses pensées et interroger son intégrité. Devait-elle lui dire ? Devait-elle lui dire que personne n'était là pour eux, que personne ne souhaitait réellement les aider ou devait-elle mentir... ? Devait-elle inventer une réalité qui n'en était pas une, un doux rêve pour éclairer les espoirs de Caleb et lui permettre encore un peu d'innocence... ? Elsa ne savait pas. Elsa ne savait plus. Et peut être même qu'elle n'avait jamais su.

« M-maman... ? »

Elsa sursauta légèrement et réajusta son rétroviseur pour se donner une contenance. Une fois cela fait, son regard croisa celui, rempli d'amour et de tendresse, de confiance et de questionnements muets, de son fils. Alors, dans ces yeux si pleins d'une innocence qu'elle souhaitait préserver, Elsa trouva cette réponse qui lui faisait si cruellement défaut. Elsa ne voulait pas mentir à ce petit bout d'homme en devenir. Elsa ne voulait pas qu'un jour, quelque part, très loin d'ici, se rompe l'absolue confiance que Caleb avait en elle. Prenant une inspiration d'une voix chargée de trop de choses, elle se tourna doucement vers celui qu'elle aimait bien plus qu'elle-même.

« Mon cœur, j-je... Je suis désolée.
- T-tu n'as pas trouvé le château ? Tu t'es trompée d'endroit ? »


Au fond de son âme, un murmure qu'elle ne voulait pas entendre lui suggéra que la porte était là, déjà entrouverte et que s'engouffrer dans un mensonge aussi innocent ne pouvait faire de mal à aucun d'entre eux, qu'au contraire, cela ferait du bien au petit garçon qu'elle aimait tant, à ce petit bout qui perdait ses chances une à une, jusqu'au jour où il n'y en aurait plus. Et ce jour-là...
Elsa frissonna de tout son être à cette idée, puis secoua la tête afin de chasser le muet murmure de ses peurs les plus abjectes. Le regard plein d'excuses, elle glissa une main sur la joue de Caleb, puis soupira.

« C-ce n'est pas ça, mon ange...
- A-alors quoi ? »


Doucement, les doigts s'activèrent, mus par une infinie tendresse. Et tandis que le geste se voulait réconfort, les mots, eux, purent harponner le petit cœur trop pur.

« T-tu sais, parfois, les grands... ne sont pas ce qu'on pense qu'ils sont. I-il existe ce qu'on appelle des... illusions e-et...-
- Et Poudlard... ?
- … En était une. Je suis désolée mon cœur. »


Le visage de Caleb se ferma presque immédiatement et celui-ci baissa la tête.

« Ah... »


Elsa sentit son âme se révolter, son cœur se déchirer, vomir sur un monde d'injustice auquel son petit garçon était confronté depuis trop longtemps. Ce n'était pas normal. Ce n'était pas normal et Elsa ne voulait pas l'accepter. Ce n'était pas normal, et Elsa ne l'accepterait pas. Des larmes de rage embuèrent le regard encore trop sensible de la jeune mère, qui fit volte-face pour les dissimuler à son fils. Mais si ses yeux pouvaient se figer sur l'horizon plutôt que sur la vérité, sa voix, elle, se mit à trembler.

« C-Caleb... A-attache ta ceinture, s'il te plaît, m-mon cœur... »

Le petit garçon s'exécuta sans un mot et cette déception, si visible, si tangible, même, acheva Elsa de conduire à cent à l'heure. Démarrant aussi vite qu'il lui était donné de le faire, la jeune mère fonça, fonça toujours plus vite, toujours plus fort, pour s'éloigner de cet endroit de malheur où rien de bon ne se cachait réellement. Le premier virage fut abrupte, le second fut catastrophique. Des larmes plein le regard, Elsa ne vit pas ce qu'elle percuta. Mais peut être était-ce parce qu'il n'y avait rien à voir.

« C-Caleb, tout va bien ?! »

Seuls les pleurs étouffés du petit garçon lui répondirent. Se jetant, ruant contre l'airbag, Elsa sortit aussi vite que possible de sa voiture et arracha presque la porte arrière avant de détacher son fils en urgence.

« CALEB ! CALEB ! »


Le petit bonhomme pleurait de toutes ses forces et les soubresauts de ses sanglots ne faisaient qu'affoler sa mère un peu plus à chaque seconde. Une fois éloignée de quelques pas, Elsa ausculta ce bout d'elle-même qui, heureusement, ne saignait pas le moins du monde.

« O-ouf, tu n'as rien, tu n'as rien... »


La jeune femme serra, serra, serra son fils contre son cœur, si fort que celui-ci s'en plaignit pour qu'elle le lâche. Ce ne fut qu'après avoir obtempéré qu'Elsa aperçut enfin le véhicule déchu. Plié en deux, hors d'usage, celui-ci ne les ramènerait jamais chez eux.

Sentant à nouveau les larmes monter, Elsa se dit qu'aujourd'hui était vraiment dans la continuité des pires jours de son existence.
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MessageSujet: Re: “Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.” [ELSA WILSON & PEDRO MORTIMEZ]   Mer 14 Juin - 22:10

Ces derniers mois ne furent pas de tout repos pour le Maitre Botaniste. Il revenait de loin, de très loin. Alors cette chamaillerie entre deux états, cette guerre de religion, ne lui faisait plus peur. Il ne craignait plus la mort, lui qui en était revenu au cœur même du Pérou. Mais c’était plutôt la façon dont il allait mourir qui lui travaillait l’esprit. Comment les moldus pouvaient-ils se montrer aussi archaïques et étriqués d’esprit ? Le monde avait évolué, les mœurs avaient changé depuis le Moyen-Age … Non, en fait rien n’avait bougé. Il suffisait simplement de voir les guerres qui s’imposaient entre les moldus. Il suffisait de voir que dès que les choses changent, les gens descendent dans les rues pour protester. Le changement n’a rien de bon dans le cœur des hommes. Dans le cœur des gens peu instruits, cantonnés dans leurs idées fermées, ces gens qui pensent que leur façon de penser est la bonne et qu’il n’en existe qu’une. Et c’était ce genre de personne que Pedro voulait éviter. C’était ce genre de personne, sorcier ou moldu, dont il avait peur.

Alors il avait quitté Londres pour séjourner quelques jours à Poudlard, juste avant la rentrée scolaire. Ca lui permettait de souffler un coup, de penser à autre chose. Poudlard réservait encore cet esprit tranquille et reposant. On s’y sentait en sécurité, à l’abri de tous les maux du monde. C’était étrange, mais à la fois rassurant. Il existait comme un dôme invisible de protection divine. Ironie du sort, quand on pense que des hommes de Dieu chassent les créatures du Diable. Le soleil réchauffait les montagnes environnantes et le temps était idéal pour une sortie champêtre aux alentours du château. Pedro avait repéré quelques espèces rares de Balbutoruk qu’il espérait montrer à ses futurs élèves les plus zélés. La nouvelle promo de cette année était prometteuse et il avait hâte d’étaler son savoir et partager ses travaux.

Il ne demanda pas à Aedan de l’accompagner, ce dernier bien trop occupé dans ses affaires mystérieuses. Néanmoins, Pedro se demandait bien ce que lui cachait son collègue. Il paraissait avoir la tête ailleurs, un peu trop heureux en cette période sombre et disparaissait des heures entières, enfermé dans son bureau. Malgré sa curiosité parfois maladive, Pedro ne poussa pas ses investigations bien loin. Il ne souhaitait aucunement se montrer lourd et Aedan avait droit à sa vie privée.

C’est de bonne heure, alors que la rosée du matin éveillait doucement les effluves d’humus d’une terre bien humide, que Pedro descendit jusqu’au portail de fer forgé. Devant lui se dressait une belle clairière d’une herbe haute et jaunie par un été exceptionnellement chaud. Un sentier battu menait vers une route mal entretenue, qui se mourrait dans une épaisse forêt. C’est le sourire aux lèvres et le cœur léger que le professeur de Botanique s’en alla à la cueillette, accompagné de son panier d’osier.

Si Shae l’avait vu, elle lui aurait probablement dit qu’il était « trop trognon ». Il secoua la tête à cette pensée, puis lorgna son avant bras d’un air amer. Sa blessure le lancinait toujours et encore, le venin se propageant maintenant jusqu’à son épaule. Le mari de Lysander continuait ses investigations sur un remède probable et Pedro avait mis les scientifiques les plus doués sur le coup. Mais pour l’instant, silence radio de la part de la médecine.
Sous l’épaisseur des arbres, une fraicheur agréable permettait à Pedro de supporter la chaleur écrasante qui s’était imposée au fil de la journée. Son panier d’osier était maintenant bien rempli de Balbutoruk. Il était temps pour lui de rejoindre Poudlard et sa magnifique serre arrangée. Reprendre par la route lui paraissait une bonne idée. Il pouvait ainsi profiter de la chaleur du soleil et de la vue. Les paysages de la haute Ecosse l’emplissaient d’un certain calme et il en avait grandement besoin, lui qui passait la plupart de son temps enfermé dans une serre ou à Londres …

Pedro se concentrait sur son environnement. Il n’entendait que le bruit du vent se faufilant au travers des hautes herbes sèches, ou encore le chant des criquets et des cigales qui émergeaient de l’horizon. Il observait les ondulations émises par la chaleur de la terre, qui déformaient la route. D’ailleurs, quelle était cette chose qui arrivait au loin dans ce nuage de poussières ? Pedro plissa les yeux, cala une main sur son front couvert par la sueur. Il faisait chaud, si chaud qu’il avait du mal à distinguer la forme étrange qui fonçait à toute vitesse sur lui. Il fit un geste de la main pour demander à la créature folle de s’arrêter. Mais visiblement celle-ci ne le voyait pas.

Assez proche maintenant, Pedro pu apercevoir la chose en question. C’était une voiture qui roulait à toute allure et qui ne s’arrêterait probablement pas. Il jeta alors son panier sur le côté, puis dégaina sa baguette magique.

BANG !

Le choc fut violent, intense. Mais Pedro en sorti indemne. Pas la moindre égratignure. Le charme du bouclier avait fonctionné à la perfection. Il se releva d’un amas de poussières et de fumée noire. La voiture solide qui se trouvait en face de lui était épave. Complètement entravée à l’avant, comme si elle avait percuté un énorme rocher. Il entendit des pleurs, des cris, des râles. Le soleil lui tapait sur la tête et il lui était difficile de distinguer à qui il avait à faire. Soudain la conscience revint … et s’il s’agissait de moldus venus ici pour traquer des sorciers ? Aussi proche de Poudlard ? Son cœur se serra … bon sang, il était foutu. Il devait prévenir Trevelyan !

La baguette en main, l’air hagard, il se rapprocha prudemment des deux silhouettes. Il cligna des cils rapidement et sa vue se stabilisa enfin. Une femme et un gosse. Ils ne dégageaient aucune agressivité, simplement de l’angoisse et du désarroi. Pedro émis un souffle de soulagement, puis jeta un coup d’œil vers le véhicule complètement foutu. Une énorme fumée noire se dégageait du capot.

« Vous … vous allez bien ? Vous n’avez rien de casser ? » lança Pedro d’une voix pas très rassurée.

Quelques égratignures éparses sur le visage et les avants bras, les vêtements légèrement déchirés, mais plus de peur que de mal. Pedro s’arrêta, gardant une certaine distance. Il ne voulait pas les effrayer. Vêtu comme il était, rien ne pouvait le prétendre sorcier, hormis sa baguette magique qu’il remballa aussitôt dans la poche arrière de son jeans. Il ressemblait plus à un paysan … une chemise à carreau, des boucles brunes partant dans tous les sens, une barbe qui lui dévorait le visage depuis plusieurs jours, un jeans usé et couvert de terre, accompagné de grosses chaussures confortables de randonnées. Il se baissa pour récupérer son panier d’osier et ses étranges champignons d’un bleu peu commun.

« Désolé pour votre voiture … je crains qu’on ne puisse plus rien en faire … » Dit-il en se rapprochant d’avantage.

Le gamin semblait se calmer et le regarder curieusement. Dans ses yeux, dans leur échange de regards, Pedro savait qu’il pouvait lui faire confiance. Mais sa mère, c’était une autre histoire. Elle tremblait et paraissait être encore sous le choc. Pedro n’était pas le genre de personne la mieux placée pour trouver les bons mots pour rassurer.

« Vous êtes sûre que ça va ? Peut-être devrions nous appeler les urgences ? »

C’est ce que les moldus font dans ce genre de cas non ? Sauf que Pedro n’avait pas de portable sur lui et de toute évidence, Madame et petit n’en avaient pas non plus. Ou du moins, il n’en restait plus grand chose …

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MessageSujet: Re: “Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.” [ELSA WILSON & PEDRO MORTIMEZ]   Jeu 15 Juin - 2:07

La voiture est là, éventrée, et avec elle partent en fumée toutes les chances de retour d'Elsa. La voiture est là, éventrée, et avec elle disparaissent tous les espoirs de fuites de la jeune femme. La voiture est là e-et...

« Non, non, non, non, non... »

C'est leur futur qui s'effiloche.

« Non, non, non, non, NON ! »


Les larmes aux yeux et la gorge sèche, Elsa regarde. Elle regarde s'envoler un avenir qu'elle voudrait continuer de garantir à son fils. Elle regarde s'envoler une lueur de vie qui brillait dignement jusque dans le noir. Elle regarde s'envoler ce qu'elle n'est pas sûre de pouvoir racheter. Les cautions s'additionnent et les économies s'épuisent, les départs précipités se multiplient et les recours financiers s'amenuisent. Elsa ne sait pas comment elle va pouvoir faire, Elsa ne sait pas, et Elsa voudrait craquer.

« J-je... J-je... »

Les mots ne viennent pas, restent bloqués dans une gorge qui voudrait pourtant hurler, hurler au désespoir d'une situation qu'elle ne peut pas tolérer. Son regard ne quitte plus la voiture et son fils, toujours au creux de ses bras, glisse une caresse sur la joue débordée par les larmes de rage.

« Tu pleures maman... ? »

La petite voix de son garçon la fait sursauter et, peu à peu, les éléments alentours prennent une contenance qu'ils avaient perdu au cœur de sa terreur.

« N-non mon cœur... J-je...C-ce n'est rien... J-je vais bien...
- Alors pourquoi tes joues sont mouillées ? »


La question de l'enfant, pleine de cette innocente fraîcheur et de cette honnêteté presque désarmante, foudroie le cœur de la mère avec une force qu'elle ne reconnaît jamais vraiment. Ravalant le sanglot qui serre sa gorge rendue douloureuse par la peine qu'elle ressent, Elsa essuie ses larmes.

« J-je... Ça va passer, mon cœur, je te le promets...
- Vous … vous allez bien ? Vous n’avez rien de cassé ?  »


C'est là qu'Elsa l'entend pour la première fois. Suivant le regard de Caleb, la jeune femme rencontre alors celui d'un homme. Celui-ci, la chevelure bouclée, une barbe drue et de grands yeux doux, observe la scène d'un air mal assuré. Si son petit garçon sourit à l'inconnu, Elsa place immédiatement celui-ci en arrière de son corps. Elle sera le bouclier qui lui fait si cruellement défaut s'il le faut.

« R-Restez où vous êtes ! »

Son ton est celui d'une lionne prête à mordre pour protéger son petit. Son regard lance quelques éclairs préventifs et, doucement, Elsa fait reculer Caleb.

« A-Attends maman... !
- Non, Caleb, je ne prendrais pas ce risque !
- M-mais mamaaaan ! »


La mère, perdue dans ses désirs de protection, dans ce désir presque viscéral de sauver coûte que coûte sa progéniture, fouille sa poche tout en détaillant le personnage. Ses cheveux sont en bataille et son pantalon, déchiré, est également sali par la terre. Si sa chemise ne donne pas vraiment d'information, ses chaussures sont celles d'un randonneur. Un instant, la question fatidique se pose dans le cerveau de la jeune femme. Et si... ?

« D-Déclinez votre identité i-immédiatement ! J-j'ai une arme et je sais m'en servir ! »


Sur elle, pourtant, rien d'autre que la baguette d'Aiden. Dans ses mains, celle-ci n'est qu'un morceau de bois, dont les dessins qui l'ornent en justifieraient le prix. Dans ses mains, la baguette d'Aiden n'est rien d'autre qu'un talisman pour faire fuir de trop nombreux cauchemars. Dans ses mains, la baguette d'Aiden se veut l'un des seuls souvenirs qu'elle garde de son fils, un souvenir plein d'une authenticité qu'Elsa voudrait lui rendre. Aiden était un sorcier, et cette part de lui, jamais elle ne la reniera. Mais, alors que la jeune mère s'inquiétait d'une avancée trop rapide, alors qu'elle craignait même une attaque, un tir ou un coup de couteau, l'homme s'immobilise et n'avance plus. C'est à peine s'il se baisse pour ramasser le fruit d'une cueillette éparpillée sur le sol.

« B-bien. M-maintenant, v-vous allez me dire votre nom et-...
- Désolé pour votre voiture … je crains qu’on ne puisse plus rien en faire … »


Les propos de son interlocuteur la prennent de court, et Elsa ne relève pas la légère avancée qu'il se permet en leur direction. Ses joues rougies par les larmes passées, son air aussi revêche que possible et ses vêtements déchirés font peine à voir et elle le sait. En ajoutant à ça les tremblements de ses mains, de ses bras, même, le tout doit sembler plus qu'inquiétant. Un instant, quelque chose murmure à Elsa que l'homme s'inquiète peut être bel et bien pour eux.

« J-je... Merci... J-je ne sais pas comment je vais faire pour rentrer chez moi, à vrai dire... »

Son regard dérive à nouveau vers le véhicule accidenté et s'imprègne d'une anxiété des plus terribles. Sans ce véhicule, Elsa ne peut rien faire pour protéger son fils. La vérité, si froide et si difficile à regarder en face, mord son faciès à la manière de ces brises d'hiver qu'on rencontre parfois. Alors, sans vraiment savoir pourquoi, sans même être consciente de ce qu'elle dit ou prononce, Elsa reprend la parole.

« V-vous... êtes de la région... ? C-c'est... pour le dépanneur... »

La question est sotte et la jeune femme s'en rend compte à l'instant précis où les mots quittent ses lèvres. Trop tard. Trop tard pour faire taire les idioties qu'emporte déjà le vent. Trop tard pour ne pas obtenir une réponse qu'elle connaît déjà. Pour être venue ici en voiture, elle sait très bien qu'il n'y a rien sur des kilomètres à la ronde. Et certainement pas de dépanneur.

« Je ne peux vraiment pas laisser ma voiture ici... »

Le regard de la jeune femme dérive à nouveau vers le véhicule encore fumant et la moue qu'elle affiche hurle tout le désespoir d'une vie devenue trop difficile pour elle. Elle secoue tristement la tête, se mord presque trop fort la lèvre et retient de justesse le sanglot qui menace de la terrasser. Face à cet inconnu, Elsa se doit d'être forte. Face à son fils, Elsa se doit d'être invincible.

« Vous êtes sûre que ça va ? Peut-être devrions-nous appeler les urgences ? »

Mais visiblement, aujourd'hui et aujourd'hui seulement, aucun de ses efforts ne sera suffisant pour convaincre l'univers tout entier que tout va bien. Ses yeux transpercent ceux de l'homme et un instant, Elsa voudrait tout lui avouer, voudrait lui hurler que plus rien ne va et que plus rien n'ira jamais bien, que ses efforts pour reconstruire un avenir en ruines ne servent qu'à détruire un peu plus de la base trop instable sur laquelle elle tente d'élever son fils, que ses rêves se sont suicidés le jour où on lui a présenté le corps encore chaud de son aîné, de cet aîné à qui elle n'a pas pu dire adieu et qu'elle n'a pas su protéger. Elle voudrait lui dire que la vie n'est plus pareille, que si elle se relève, c'est avec le cœur en moins et que la seule personne qui compte désormais dans sa vie, c'est ce petit garçon qu'elle peine à protéger d'un monde trop haineux pour trop d'innocence. Elle voudrait lui hurler au visage qu'elle les déteste tous, les monstres, les normaux comme les sorciers, que personne n'est là et que personne ne le sera jamais. Elle voudrait crier, frapper, insulter cet homme qui ne demande finalement rien d'autre que de leur venir en aide, et elle voudrait lui dire. Lui dire que cette aide ne sera jamais assez, que rien ne ramènera Aiden et que rien ne sauvera définitivement Caleb des cinglés qui le poursuivent. Elle voudrait lui dire qu'elle a besoin d'un endroit où mettre son fils en sécurité, pour toujours, contre n'importe quoi, contre sa vie si besoin. Mais si ses yeux hurlent toutes ses choses, sa bouche, elle, se scelle sur un flot de mensonges qu'elle dégobille à la face d'un monde qui ne veut plus vraiment d'elle.

« N-non, ce n'est pas la peine, j-je... je vais déjà mieux. Je vais déjà mieux, d'accord... ? N-nous allons repartir et tout ira bien. Vous... vous sauriez m'indiquer la direction pour Londres ? »

Les mots sont vides et les mots sont creux. Les mensonges sont faibles et la vérité transparaît trop fortement à travers eux. Elsa, et ce type, sans doute, savent l'un comme l'autre qu'un enfant de huit ans ne peut pas faire un tel trajet à pieds. Même un adulte ne le pourrait pas, de toute façon.

« O-on va pas rentrer à pieds, maman, hein ? »


La voix, trop inquiète, de son fils, attire à nouveau Elsa vers une réalité qu'elle fuit parfois. Elle tourne vers lui un sourire rassurant et secoue la tête.

« N-non, mon cœur... Mais je voulais savoir par où le taxi que nous allons appeler arrivera. Tu comprends ?
- M-mais on n'a plus de téléphone...
- Le monsieur doit bien en avoir un et nous le prêtera avec plaisir. »

Faisant volte-face vers l'homme en question, cet homme, d'abord craint puis devenu providentiel, Elsa supplie.

« O-on n'appelle pas les urgences, mais un taxi. Ou un dépanneur. S'il vous plaît... »

Et comme si le regard qu'elle lui lance n'était pas un véritable appel à l'aide, le ton qu'elle utilise tient davantage de la supplique que de la demande. Il ne peut pas refuser. Il ne doit pas refuser. S'il retourne d'où il vient, Elsa le sait, elle sera perdue. Sans eau, sans nourriture et sans téléphone, ni Elsa ni Caleb ne tiendront.[/justify]
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MessageSujet: Re: “Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.” [ELSA WILSON & PEDRO MORTIMEZ]   Jeu 15 Juin - 22:01

Agressive, elle tenait fermement dans sa main une baguette magique, souple, probablement acheté dans la boutique d’Ollivander sur le Chemin de Traverse. Du moins, Pedro reconnaissait là la pâte du fabriquant. Pourtant, il savait que cette baguette ne lui ferait aucun mal. Elle était moldu, ça se voyait à dix kilomètres … Il ne broncha pas, mais compris immédiatement qu’il s’agissait d’une mère moldu et de son gamin sorcier.

Rentrer à pieds jusqu’à Londres sous cette chaleur écrasante ? Ils étaient sérieux ? Pedro rétorqua d’un simple regard perplexe. Cette jeune maman était encore sous le choc. Elle n’avait pas les idées claires et l’accident avait probablement embrumé sa notion des réalités. Pas une once de civilisation ne se trouvait à plusieurs kilomètres à la ronde. Il était peu probable qu’un dépanneur puisse venir jusqu’ici. Ou du moins, il leur faudrait attendre plusieurs heures. Pedro se gratta l’arrière du crâne, gêné par la situation. Il lui suffisait d’un simple coup de baguette magique pour remettre le véhicule comme neuf. Mais il n’était pas confiant et appréhendait la réaction de la jeune femme.

Peut-être connaissait-elle Poudlard, le monde magique, mais en ce temps de guerre, il n’était pas facile de donner sa confiance à de simples inconnus. Il pouvait le concevoir. Mais Pedro n’était pas du genre méfiant. Au contraire, il avait cette bienveillance d’accorder sa sympathie et son estime aux personnes qu’il sentait digne de confiance. Or cette dame, n’avait en rien l’air d’une malfrat. Ca se voyait. Ca se sentait. Il n’était pas devin, mais Pedro ne s’était jamais trompé sur les gens qu’il rencontrait. Il évitait tout naturellement les mauvaises rencontres. Après tout, il avait accumulé assez d’ennuis jusqu’à maintenant.

« Un dépanneur dans la région ? Je ne pense pas que vous en trouverez un. On capte terriblement mal ici. Vous êtes au beau milieu de l’Ecosse, en pleine nature sauvage. Hormis une cabane de chasseur dans le coin, il n’y a pas âme qui vive. »

Alors que faisait-il ici ? Pouvait-il simplement lui dire qu’un château camouflé s’érigeait à quelques bornes du lieu de l’accident ? Elle avait l’air à bout de nerfs, sur le point de craquer. Pedro sentait qu’il marchait sur des œufs et que chaque parole était susceptible de la voir partir en vrille. Il ne souhaitait aucunement être mêlé à un conflit ou devoir à l’oublietter. Il remonta alors ses manches pour montrer qu’il n’était pas armé et qu’il ne voulait en aucun cas leur faire du mal. C’était d’ailleurs très étrange … pourquoi devait-il se comporter ainsi ? Lors d’un accident, il suffisait de sortir de la paperasse et tout était réglé non ? Du moins, c’est ce qu’il avait vu plusieurs fois dans les rues de Londres. Les moldus raffolaient de faire jouer les assurances.

« Je m’appelle Pedro et vous êtes ? Sinon j’habite dans le coin … je n’ai pas de téléphone ici, mais j’ai de l’eau et de la nourriture. On va bien trouver un moyen pour que vous puissiez rentrer chez vous. Mais s’il vous plait … pouvez vous baisser votre bout de bois ? »

Il essayait au mieux de jouer les moldus. Ce n’était pas son fort. D’ailleurs appeler « bout de bois » une baguette magique, lui écorchait la gorge. Il se contenta de sourire le plus aimablement possible pour apaiser les tensions. La voiture fumait toujours et ne ressemblait plus qu’à une carcasse de ferraille. Il était bien plus pratique d’utiliser de la poudre de cheminette ou encore de transplaner, que d’utiliser ces engins bruyant et polluant. Mais bon, visiblement elle y était attachée. Pedro tergiversait entre l’idée de jouer plus longtemps au moldu ou d’aider plus concrètement cette femme en réparant sa voiture. Le soleil tapait toujours et visiblement, les deux protagonistes devant lui ne voulaient pas bouger.

« J’habite à l’autre bout de la forêt et j’ai une vieille ligne téléphonique. Je ne sais pas si elle fonctionne encore, mais on peut toujours tenter le coup de téléphoner à un proche qui pourrait venir vous chercher ? »

Pedro connaissait un endroit. Une vieille cabane de chasseur abandonné. Il se rappelait vaguement y avoir vu un vieux téléphone datant du troisième âge. Si ça pouvait soulager la demoiselle et son gosse, ça valait la peine d’essayer. Finalement, ils se mirent en marche après un temps d’hésitation. L’épaisseur des feuillages de la forêt permettait de souffler sous cette chaleur. L’ombre des grands chênes était rafraichissante et permettait de supporter cette petite randonnée improvisée. Un silence de plomb s’était installé entre eux. Pedro sentait clairement qu’elle ne lui faisait pas confiance, mais le petit garçon n’arrêtait pas de lui lancer des œillades amicales. Oui, ce petit bout était bien un sorcier. Pedro ne pu s’empêcher de lui répondre par des yeux ronds, des sourires discrets ou de légères grimaces qui le faisaient glousser secrètement.

Mais le botaniste fut surpris à plusieurs reprises de cet échange avec le jeune sorcier et sa mère les interrompit d’un regard froid et courroucé. Pedro racla bruyamment le fond de sa gorge, puis décida de rompre le silence d’un air gêné.

« Heu mais dites moi … que faisiez vous dans la région ? A rouler aussi vite, j’avais presque l’impression que vous aviez un Erupif en chaleur à vos trousses ! » lança-t-il dans un semi rire.

Oui, cette remarque fit bien rire le jeune homme. Mais rapidement, Pedro se figea, se rendant compte de son erreur.

« Heu non, je voulais dire une éruption de chaleur ! Oui, y’a quelques fuites de gaz dans le coin … »

Ca n’avait aucun sens. Il grinçait des dents. Par Merlin, s’il ne s’était pas grillé tout seul, alors il ne savait pas ce qu’il venait de faire. En tout cas, il fit mine de rien et continua à avancer, le regard braqué vers la cime des arbres. Allez, il avait vécu bien pire comme situation. Mais de toute évidence, mentir ce n’était pas son fort.

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“Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.” [ELSA WILSON & PEDRO MORTIMEZ]

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