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 A fragile hope ¤ Aamon

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MessageSujet: A fragile hope ¤ Aamon   Mer 15 Aoû - 16:53

Skye

19 décembre 2000, début de soirée.


Des mers avait grimpé la brume, sitôt la nuit tombée, et des falaises elle s'était déversée sur Skye.

Au coeur de la pénombre reine qui enveloppait le monde, les brumes dans les bras d'un vent cavalier se muaient en danseuses immatérielles, valsant au gré des bourrasques mordantes contre lesquelles s'effilochait le brouillard nacré de leur robe mouvante. L'étrange ballet tourbillonnant ondoyait au rythme lent du ressac, régulier comme un battement de coeur, que l'on entendait s'échouer dans le lointain contre le roc ancestral d'inébranlables falaises. Aux paillettes étincelantes qui tournoyaient dans l'air et dentelaient peu à peu tous les toits jusqu'aux moindres herbes, au froid sec qui balayait l'île, on devinait qu'un drap de givre d'ici l'aube aurait achevé de la parer d'un manteau blanc éblouissant ; l'hiver n'était plus loin, et l'Ecosse toute entière en frissonnait déjà.

Comme un refuge tout de chaleur et de quiétude, émergeait un cottage. La tiédeur d'une lueur ambrée se déversait des petits carreaux de ses fenêtres, teintant de miel le porche du cottage, et les guirlandes de houx comme les grappes volubiles de gui qui les ornaient s'ourlaient doucement du givre brillant qui poudrait aussi le toit. Depuis la cheminée, les volutes de fumée qui se dissolvaient en tourbillonnant  dans l'air glacial promettaient à elles seules le réconfort d'un âtre crépitant, où réchauffer les mains trop engourdies et les fatigues d'une longue journée. Ce n'était pourtant pas auprès des flammes que lisait Rhiannon, car l'épais tapis était occupé par la silhouette assoupie de Foghnan, illustre chat de la maisonnée dont le petit ventre tiède se soulevait à la cadence sereine de sa respiration.

Son comparse dans le crime, Gràineag, avait préféré s'étaler sur la pile de parchemins vierges dans laquelle Rhiannon avait allègrement pioché ces dernières heures, et ne semblait pas vouloir démordre de son lit d'élection. Blottie dans l'alcôve creusée de la fenêtre et calfeutrée sous un plaid, grimoire calé contre ses genoux relevés, la jeune sorcière tenta pour la énième fois de dissuader le petit être tout de poils et de griffes en lui montrant l'exemple de Foghnan, l'incitant à le rejoindre auprès du feu dans un gaélique résigné.

- Gar thu fhèin aig an teine Gràineag, fuirich le Foghnan. (Va te réchauffer près du feu Gràineag,  rejoins Foghnan)

Essuyant le refus aussi royal que tacite d'un chat aussi têtu qu'elle, Rhiannon haussa les épaules en reconnaissant sa défaite pour la soirée.

- Mar is miann leat. (Comme tu veux)

Toute concentration l'avait fuie, quoi qu'il en soit, depuis l'arrivée de cette lettre. L'étudiante inclina sensiblement un visage pensif vers la missive signée d'un nom qu'elle connaissait mille fois pour en estimer les savoirs et admirer tous les ouvrages ;  Swann Poldark, proclamait l'encre sombre. Le nom ponctuait le parchemin dans l'écriture familière qui avait annoté et corrigé tant de ses devoirs au cours des trois dernières années. Rhiannon replia précautionneusement la lettre, qu'une chouette effraie lui avait apportée deux heures plus tôt en tapant au carreau d'un petit bec cliquetant de froid. Elle avait longtemps espéré ces mots qu'elle avait déjà lus et relus plusieurs fois, mais se trouvait démunie quant à l'usage qu'elle en ferait maintenant qu'ils étaient en sa possession. Moins que tout elle désirait donner de faux espoirs à Aamon. Mais comment pouvait-elle seulement négliger l'infime possibilité de trouver au bout de cette lettre ce qu'elle en attendait depuis des mois..?

Expirant un léger soupir, l'écossaise arrangea avec le plus grand soin les parchemins qui jonchaient son alcôve ; elle n'avancerait pas plus loin cette soirée-là la rédaction fastidieuse du dernier exposé que le professeur Poldark lui avait confié. Deux parchemins déjà portaient en arabesques d’encre le témoignage de ses pensées, lettres luisantes aux lueurs orangées de l'âtre. Sa plume s'était assez désaltérée au puits de l'encrier pour aujourd'hui.

Quittant le refuge du renfoncement douillet qu'Aamon et elle avaient aménagé, Rhiannon s'approcha à pas doux de la cheminée pour en tisonner les braises et garder les flammes vives. Dans l’eau du petit chaudron d’étain qui planait  au-dessus de l’âtre ronronnant, l’étudiante avait plongé les deux moitiés d’une pomme fraîchement coupée, quelques bâtons de cannelle et une poignée de clous de girofle, qui avaient depuis embaumé tout le cottage de fragrances hivernales. Elle acheva de calmer les incertitudes qui lui faisait encore battre le cœur en élisant pour compagnons de lecture un thé brûlant et une pomme aux rondeurs vermeilles.

Le craquèlement des bûches bruissant depuis la cheminée l'encouragea à se laisser aller, et c'est en se blottissant de nouveau dans l'alcôve, munie d'un livre de cours, qu'elle résolut d'attendre Aamon. Les vitres constellées de givre reflétaient l'ovale porcelaine de son visage et l'auburn sombre de ses cheveux, entrelacés en ce sombre début de soirée de feuilles et baies dorées. Gràineag malaxait sous ses pattes le gris profond de ses jupes en ronronnant lorsqu'une silhouette qui lui fit chavirer le coeur, comme au tout premier jour, se dessina dans les brumes au-dehors. Aamon serait à la maison d'ici quelques menus instants, et sa décision était prise, se dit-elle en caressant avec autant d'espoir que de gravité la petite lettre...

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MessageSujet: Re: A fragile hope ¤ Aamon   Lun 27 Aoû - 19:20

Bloomsbury, Londres - 19 décembre 2000

Le timide soleil qui avait étendu ses rayons sur eux aujourd'hui avait tranquillement laissé sa place à un ciel chargé de nuages lourds de promesses et s'éloignaient avec lui les lumières des échoppes et des cafés près de l'Université. La lumière de cette fin de journée était de celles qui tirent un soupir d'apaisement à ceux dont les yeux sont déjà tournés ailleurs, vers des souvenirs lointains, ceux dont la saveur ne revient qu'inopinément. Les décorations de Noël venaient de prendre le relais sur les vitrines et illuminaient les rues comme en plein jour, entraînant les mêmes sourires, les mêmes yeux d'enfants brillant d'émerveillement dans la nuit froide. Les immanquables bus à double étage transportaient leur lot de touristes braillant à qui mieux mieux, pris sans le vouloir dans l'effervescence du Grand Brouillard, comme ils l'appelaient, tournant la tête en tous sens pour ne rien manquer du spectacle.

Non loin du British Museum qui se dégorgeait lentement de ses visiteurs du jour se dressait la School of Advanced Study. Cette université spécialisée en recherches avait la particularité d'abriter dans son sein des étudiants moldus et sorciers que seuls séparaient les cursus mais qui se retrouvaient dans les lieux communs, comme la bibliothèque ou le parc, ou même la cafétéria. Des sortilèges repousse Moldus avaient été dressés pour les empêcher de parcourir les salles de classe ou rayons de la bibliothèques dédiés à leurs camarades sorciers et un autre sort retenait la langue d'un sorcier prêt à se dévoiler. Depuis la création de l'école en 1994, aucun incident n'avait été à déplorer et de brillants étudiants, moldus comme sorciers étaient diplômés chaque année, offrant à cette université le plus haut taux de réussite de la ville.

Dans le bâtiment réservé aux sorciers, quelques rares salles de classe étaient encore allumées. Certains discutaient autour d'un projet important, d'autres encore fêtaient l'aboutissement de plusieurs mois de recherche. Aamon, lui, avait commencé la rédaction de son travail de fin d'études et souhaitait terminer son chapitre avant de quitter la salle. Il était assis depuis une paire d'heures dans ce fauteuil et, plus que la fatigue, ce fut une courbature qui l'enjoignit à le quitter. Il jeta un oeil sur la montre ornant son poignet et sursauta. Vingt heures, déjà.
Il se leva, étira lentement son dos qui craqua bruyamment et réunit ses affaires. Il enfila son manteau gris qui lui tenait plus chaud qu'aucun autre et ferma la lumière de la salle. Certains étudiants de dernière année, comme lui, avaient obtenu la clé des salles de classe pour pouvoir rester plus longtemps. Ils ne pouvaient cependant pas transplaner depuis ces salles, et devaient s’assurer que tout était fermé puis remettre la clé à sa place, dans l’accueil du bâtiment Sorcier.

Les mains dans les poches, son sac en bandoulière sur l’épaule, il enfila une écharpe que lui avait offert Rhiannon et qui était étonnamment bleue et bronze. Il sourit en y repensant et traversa le couloir jusqu’à l’entrée. Il croisa plusieurs salle ouverte, illuminée, et ne troubla pas l’ordre qui y régnait, peu désireux de léser le travail d’autres. Cette université était tellement différente de Poudlard. Poudlard serait toujours chère à son coeur pour ce sentiment de sécurité qu’elle lui avait procuré, mais ici, l’ambiance était studieuse, les sorciers présents uniquement car ils le souhaitaient et que leurs études étaient un choix. Ses camarades de promotion étaient inspirants et certains pouvaient même s’apparenter à des amis.

Après avoir rendu la clé, il se rendit dans la salle de transplanage et eut un sourire en se concentrant sur sa destination.

Le froid mordant le saisit avant même qu’il ne rouvre les yeux. Il se décida enfin et se retrouva en bas du chemin menant au Cottage qu’il avait acheté quelques années auparavant. Il avait été décidé que le transplanage ne se ferait pas devant la maison pour éviter d’effrayer les chats qui partageaient leur vie depuis quelques mois. Il alluma l’extrémité de sa baguette d’un geste et enfouit encore plus le bas de son visage au creux de son écharpe. Il remonta d’un pas vif l’allée, plus pour se réchauffer qu’autre chose et arriva rapidement en vue de la maison.

Entourée d’une barrière de bois, et d’un jardin anglais qui souffrait du froid depuis quelques semaines, la bâtisse de pierres était dotée d’une cheminée qui laissait s’échapper un flot ininterrompu de fumée, Rhiannon était là. Il devinait à la lueur orangée qui suintait des fenêtres qu’un feu était allumé et l’imaginait déjà, enveloppée d’un plaid attendant son retour en lisant un livre, ou jouant avec un des chats.
Il ouvrir le portail de bois qui grinça en laissant échapper quelques flocons de givre et jeta autour de lui, plus par habitude que par réelle nécessité les sortilèges de protection dont il exigeait que la maison soit entourée.

Il retira ses chaussures avant d’entrer et jeta un dernier oeil derrière lui. La nuit était déjà profondément tombée et la lune sortit un bref instant de derrière les nuages et illumina le jardin, éclairant un moment les particules de givre déjà installés, brillant alors de mille feux.

Il ouvrit la porte et fut projeté dans une chaleur qui contrastait douloureusement avec le froid de l’extérieur. Mais son regard fut attiré comme un aimant par ce sourire qui bousculait son monde, chaque jour un peu plus et qu’elle lui adressait, sans réserve.
Il déposa son manteau à la place qui lui était dédiée et s’approcha rapidement du feu qui crépitait. Il s’installa près de sa belle et déposa un baiser sur ses lèvres avec ce sentiment maintenant si habituel d’être parfaitement là où il devait être. Et l’impression d’avoir ressenti ce sentiment cent fois, mille fois, ou peut-être est-ce un million, sans jamais s’en être lassé.

“Je suis content d’être rentré.”

Il y avait dans ces mots mille autres qui attendaient d’être déversés, qui couraient jusqu’à ses lèvres pour finalement être retenus mais qu’elle avait entendu autant de fois, sans qu’il ait besoin de les lui dire. Ces mots qu’elle connaissait, parce qu’il essayait de les lui faire ressentir chaque fois qu’il le pouvait. Il ferma les yeux un instant, savourant la fatigue de cette journée et la douce tranquillité de leur maison.

“Comment vas-tu ?”

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MessageSujet: Re: A fragile hope ¤ Aamon   Dim 23 Sep - 17:13

Avant que de clore le grimoire dont elle parcourait encore les enluminures, Rhiannon y glissa un ruban bleu en guise de marque-pages. L'ouvrage se referma en un soupir discret et sembla s'assoupir, éprouvé par les siècles, sur le rebord de fenêtre où elle le posa précautionneusement ; il y serait à l'abri des jeux curieux et griffes impertinentes du sieur chaton, dont les oreilles venaient de pivoter vivement vers la porte d'entrée tout juste entrebâillée. Une bourrasque glaciale s'infiltra en une longue plainte mugissante au coeur de leur foyer, mais les paillettes givrées nichées dans son tourbillon fondirent aussitôt à la chaleur moelleuse du cottage. Vadrouillant sans attendre vers l'origine du remue-ménage, Gràineag quitta le nid douillet qu'il s'était modelé au creux des jupes de Rhiannon et rejoint l'âtre en ronronnant ; l'étudiante, quant à elle, acheva en quelques gestes de ranger l'enchevêtrement de parchemins et autres plumes qui jonchaient encore son alcôve.

Si le petit monde qui l'environnait jusqu'ici avait semblé parfait, il ne le devint absolument que lorsqu'elle cueillit du regard le sourire désarmant de tendresse dont il l'enveloppa toute entière. Ses joues rosirent du même bonheur infiniment simple et précieux de la seule présence d'Aamon, et elle sut, comme elle l'avait su depuis les murmures amoureux d'un couloir secret, qu'elle serait n'importe où chez elle pour peu qu'il soit à ses côtés. Des lèvres froides d'avoir trop affronté les bourrasques au-dehors dessinèrent sur les siennes un baiser d'hiver, dont elle savoura en un doux sourire le parfum de cannelle et vanille mêlées.

- Bienvenue à la maison, chuchota-t-elle en posant la paume chaude de sa main contre la joue d'Aamon, qu'elle caressa du bout du pouce.

Il ferma brièvement les yeux, et Rhiannon s'attarda sur les contours cent fois rêvés, mille fois chéris de son visage. Combien de fois, depuis le premier soir, s'était-elle promis d'y écrire un jour le contentement serein qu'elle y lisait maintenant à la lueur ambrée des flammes..? Le coeur soudainement ceint d'une émotion qui infusa jusqu'au gris sombre de ses iris, elle s'imprégna de l'apaisement heureux qui baignait les traits d'Aamon en ayant l'intime conviction qu'elle ne connaîtrait jamais plus jolie victoire que celle de son bonheur, à lui. Trop de fois déjà d'obscurs souvenirs du passé l'avaient privé de la vie tranquille et de la douceur de vivre qu'il méritait, et trop de fois encore le procès de son père et la guerre après eux avaient assombri son regard. Jamais elle ne voulait retrouver ce qu'elle y avait décelé alors, et un instinct de protection s'insurgeait en elle en y songeant seulement.

N'était-ce pas justement ce qu'elle risquait de faire, en décachetant aux yeux d'Aamon cette lettre encore mussée dans les plis de sa jupe..? Les mots qu'elle y savait écrits pouvaient être promesses d'un tel espoir qu'elle n'envisageait pas d'y renoncer, sans pour autant envisager de se pardonner si elle venait à raviver d'anciennes douleurs ; de celles qui ne s'éteignent plus, qui ne seront jamais révolues.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, Rhiannon lui offrit un sourire fragile.

- Comment vas-tu ?

- Plus chaudement que toi, observa-t-elle d'une voix amusée en glissant une main tendre dans ses cheveux, pour en chasser les derniers cristaux de givre fondus. J'aurais pu achever ma dissertation sur l'influence du choix de l'essence du bois d'un cadre sur le portrait auquel on l'associe si Gràineag ne s'en était pas mêlé, mais... Elle haussa les épaules, coulant un regard furtif vers la petite silhouette désormais endormie devant la cheminée, visiblement nullement perturbée par une mauvaise conscience.

Si passionnantes soient-elles, ses recherches sur le sujet et les découvertes exaltantes qu'elle ne cessait de consigner à grands renforts d'encres et de plumes ne réussirent pas plus longtemps à retenir son attention. L'air songeuse, un peu hésitante, le coeur battant plus vite que de raison, Rhiannon calfeutra entre les siennes les mains d'Aamon et se pelotonna plus proche de lui. Du regard, elle rechercha le bleu profond du sien et s'accrocha au merveilleux espoir qu'elle espérait voir naître de sa résolution pour ne pas faillir.

- Et.. Il y a une lettre que j'ai reçue aujourd'hui, dont j'aimerais te parler. Inspiration profonde, tandis qu'elle imprimait une pression rassurante sur les mains qu'elle blottissait délicatement au creux des siennes. Tu te rappelles, lorsque tu m'avais dit que le manoir avait été vidé de ses tableaux parmi les plus précieux lorsque tu étais petit..? J'en ai beaucoup parlé avec le professeur Poldark il y a quelques mois afin de savoir s'il pouvait en retrouver la trace, mais cela n'avait rien donné jusqu'à aujourd'hui.

Délaçant brièvement l'une de ses mains, Rhiannon fureta jusque dans ses jupes et en extrait la petite missive, dont le parchemin froissé attestait qu'elle avait été lue et relue déjà bien trop de fois par l'historienne. Elle posa le parchemin où se devinait l'écriture longiligne de Swann Poldark entre eux et rattrapa la main d'Aamon, le regard brillant d'une émotion mal contenue.

- Aamon, il pense avoir retrouvé la trace du portrait de ta mère...

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