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 Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Mar 18 Sep - 12:43




art is forever


venetia & klaus

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Embarrassée de s'être laissée aller de la sorte, Venetia tapotait doucement ses joues du bout des doigts, les mots de Klaus résonnant avec intensité dans leur petite bulle. Elle n'avait pas ôté sa main de son bras, et il n'avait pas l'air d'attendre qu'elle le fasse. Sa remarque sur son prénom lui arracha un triste sourire, et sa confession un petit rire bas - un peu ravi. Il tapait étrangement juste ce monsieur, et toujours là où elle ne s'y attendait pas. C'était un peu douloureux, surprenant, et plaisant à la fois. Une vendetta à la croate contre le monde... S'il avait su à quel point il avait raison, peut-être son sourire se serait-il estompé et peut-être serait-il parti bien plus vite. Elle éprouvait une étrange satisfaction à ce qu'il saisisse sans comprendre tout à fait ; à ce qu'il parvienne à capter l'essence de ce qu'elle était sans assimiler toutes les affreuses conséquences qui allaient avec. Elle finit par relever les yeux vers lui, observant avec un amusement non-feint sa gêne, comme s'il craignait en avoir trop dit. Sa propre remarque fut à peine murmurée, comme si le dire à voix haute rendrait la chose un peu trop réelle à son goût.

- Tu es dangereux, toi.

Mais il poursuivit, et elle obligea, écoutant le début de son histoire. Elle avait hoché la tête lorsqu'il avait évoqué sa première histoire d'amour, comme si elle comprenait. Elle n'était jamais tombée amoureuse - du moins lui semblait-il, jamais réellement. Si elle s'en fiait au peu de romans d'amour qu'elle avait pu lire dans sa vie ; elle ne se souvenait pas avoir aimé avec l'intensité dramatique des héroïnes de genre de bouquin, à en avoir les entrailles nouées, les papillons dans le ventre, et le vertige au moindre clignement d'oeil du beau parti concerné. Elle lui fut donc quelque part reconnaissante de ne pas s'attarder sur le sujet et de poursuivre presque aussitôt, fronçant les sourcils, comme en pleine réflexion pour atténuer les détails tragiques de ses histoires. Elle ne voulut pas l'interrompre, et la chaleur humaine qu'il lui offrait - sa main sur la sienne, l'histoire du passé, le whisky, tout cela se mélangeait agréablement pour lui faire oublier son propre coup d'émotion. Venetia se laissa porter par la voix de Klaus, se réinstallant plus confortablement contre la banquette, l'observant avec attention.

C'était un talent, songeait-elle, de parvenir à la captiver de la sorte. Et au fur et à mesure que l'histoire progressait - que les sous-entendus les plus terribles étaient omis pour se concentrer sur la belle amitié qui l'avait liée à cet homme dont il conservait le souvenir grâce à cette fameuse boisson - ce double-calva-sans-glaçons dont elle saisissait à présent l'ampleur, elle se sentait bien vaine à avoir essayé de lui vendre du whisky pour satisfaire son petit ego de jeune femme bien informée. Sa propre superficialité la fit grimacer l'espace d'une seconde, et elle se reprit, secouant la tête pour contredire ses dernières paroles.

- C'était beaucoup plus glorieux. Je me sens égoïste maintenant, il faut que je me fasse pardonner.

Elle se pencha vers lui, captant son regard avec un sourire plus sincère, encore adoucie par les réminiscences de sa voix, de l'alcool, et de cette impression tenace qu'elle était coupée du monde.

- Tu voudrais danser ? Boire autre chose ? Un double calva sans glaçons ? Déjà que je t'ai embarqué ici, autant que l'on fasse quelque chose qui te fasse plaisir. Et raconte moi encore des choses, s'il te plait ! Tu as vraiment une jolie voix.

L'aisance avec laquelle le tutoiement lui était venu la laissait pensive, et elle se demandait si cette apparence bourrue qu'il affichait ne cachait pas une personnalité douce, plus douce que la sienne en tout cas. Il avait semblé passivement accepter l'idée de ne plus la revoir après ce soir ; d'être de nouveau des inconnus qui s'ignoreraient proprement si jamais ils venaient à se croiser au Ministère - à la rigueur échanger un sourire de connivence. C'était ainsi qu'elle imaginait les choses ; ce serait plus simple pour tout le monde, surtout pour elle, et elle vaquerait à ses occupations avec la même nonchalance, attendant patiemment son heure, écoutant avec désintérêt les ragots de couloirs afin de pouvoir continuer son petit business jusqu'à ce qu'elle puisse donner sa démission finale. Un bon plan. Mais voilà qu'elle repensait au travail - ce même travail dont il semblait mordu, au lieu de se concentrer sur son partenaire de soirée. Elle battit des cils, repoussant des mèches folles en tentant vainement de les caler derrière son oreille.

- Enfin, je veux dire, si tu en as l'envie, évidemment.

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Mer 19 Sep - 10:46

L'Allemand afficha un sourire après s'être arrêté, constatant sa réaction. Elle semblait, bien qu'embarrassée, plus sereine, moins mélancolique. Il n'avait pas la hauteur d'un prince charmant, ni le royaume ni l'or et les bijoux, au grand dam de la jeune femme, mais il avait su lui arracher un sourire, et cela, pour lui au moins, valait tout l'or du monde. Il jeta un œil posé à la main posée sur son bras et secoua doucement du chef. « Si c'est bien à moi de choisir, bien qu'en une autre situation je n'aurais su la refuser, je vais faire l'impasse sur le pas de danse. » Il jeta un œil vers la direction d'où émanait le bruit et l'ambiance électrique de la piste de danse, pis secoua à nouveau la tête. « Décidemment, non, c'est trop... Hm, tu vois. » Klaus se tut un instant, songeant puis redressa la tête. « Je retiens quand même que tu me dois une danse, mais passons plutôt à l'étape... champagne. » L'allemand pencha la tête de côté. Il avait déjà payé bonbon le whisky, autant continuer sur sa lancée. Pourtant il ne se leva pas pour autant, il n'avait pas trop envie de bouger, ne voulant pas non plus que ce soit elle qui fasse le premier pas.

L'Allemand haussa un brin les sourcils quand sa compagnonne lui avoua aimer sa voix. On lui avait rarement dit, ou alors peut être l'avait-il oublié. Il ne savait pas, il s'en fichait. Là, il était satisfait. Le petit accent prolétaire de la jeune femme plaisait aussi bien à l'Allemand. Mais si c'était pour que, discutaillant, elle plonge dans une mélancolie à faire fondre Klaus, cela n'était décidemment pas la peine. Quoique... cela pourrait les pousser dans des débouchés inattendus. Enfin, plus inattendus encore. Mais non.

Il pencha la tête de côté, réfléchissant. « Oh, des histoires, j'aime toujours en raconter, surtout aux rares jolies brunes que je rencontre dans un bar, mais bon, encore faut-il en avoir des heureuses à raconter pour ne pas donner envie à tout le monde de se jeter du haut du dernier étage du Ministère. » Sa phrase était tombée dans un decrescendo brutal. Il réfléchit un court moment, puis ouvrit large les yeux avec un sourcil tout aussi ample. Sans prononcer un mot, il sortit un petit crayon et un bout de papier sur lequel il inscrivit les quelques mots « Amenez-nous une bouteille de votre meilleur champagne. Si vous n'en avez pas, allez en chercher une, vous serez convenablement payé. Ne tardez pas trop. » Bien sûr, tout cela il l'écrivit caché à la vue de la jeune femme avec un sourire mélangeant la malice et l'amusement. Voilà qui permettrait de faire quitter le sourire moqueur du jeune barman pour qu'il sache où se placer. Puis l'Allemand plia le mot en deux, sortit sa baguette de sa sacoche, murmura une petite incantation avant de ranger à nouveau la baguette. Il prit le papier entre les mains, murmura contre la feuille avant de la laisser s'envoler vers le dehors de l'alcôve.

Puis Klaus, tout à fait naturellement, se retourna vers la jeune compagnonne avec un large sourire. « Bon ! Excuse-moi. Où en étions-nous... Ah, des jolies choses. » Il détourna un léger instant le regard, elle lui en demandait des choses. Trouver une belle histoire chez un Né-Moldu, traqué pendant puis persécuté pendant la Guerre, qui a fait perdre la mémoire à la seule femme qu'il ne pourrait, a priori, jamais aimer, c'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il se rattacha alors à un de ses premiers souvenirs vraiment heureux, crachant le morceau. L'Allemand pouvait se le permettre, les deux jeunes gens ne se reverraient probablement jamais plus. « Mon père était anglais, ma mère était allemande. Ils se sont rencontrés après la Deuxième Guerre. Ma mère me racontait tout le temps leur première rencontre. C'était dans une petite taverne par un soir de décembre. Mon père était avec un groupe d'amis et elle, elle était seule. Il se faisait chamailler par ses amis pour qu'il aille l'inviter, mais il n'osait pas, par timidité. Alors elle, l'entendant se résigner, elle s'est avancée vers lui et l'a invité, devant tous les autres gars, qui étaient hilares. Et ç'a commencé comme ça, sur un petit coup de honte, dans le temps ce n'était pas très digne pour un homme que d'être invité par une femme, pas comme de nos jours, et ça n'a pas fini... » L'allemand avait prononcé cette histoire avec un sourire en coin, se remémorant en même temps la voix d'Elena, lui racontant cela comme elle l'avait fait des milliers de fois. Mais il fut interrompu par un toussotement, de l'autre côté du rideau de l'alcôve, avant qu'un homme entre, une bouteille entre les mains.....

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Mer 19 Sep - 12:40




art is forever


venetia & klaus

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

L'atmosphère avait subtilement changé au fil de la conversation, sans qu'elle n'y soit pour quelque chose volontairement, et progressivement, elle oubliait toute la pitié qu'elle avait eu pour Klaus au début de la soirée. La confiance qu'il émanait à présent - celle d'un homme conforté par l'attention d'une femme - était à mille lieux de ce qu'il émanait quand elle l'avait débusqué du Chaudron Baveur. Venetia l'observait avec une moue presque attendrie, acquiesçant à ses mots. Evidemment qu'elle comprenait - elle aurait également préféré une ambiance plus calme pour une danse. Probablement avaient-ils la même image en tête, celle d'un moment à l'orée de l'intime, avec quelques pas élégants et une conversation ininterrompue. Si elle avait pu créer cette atmosphère, elle l'aurait fait sans hésiter une seconde. Elle se sentait bizarrement à l'aise : elle était au moins certaine qu'il ne lui voulait aucun mal.  Elle se pencha vers lui avec un sourire de connivence, évoquant la danse qu'il estimait être son dû.

- Il faudra la réclamer avant la fin de la nuit si tu ne veux pas la rater.

Il évoqua ensuite sa boisson favorite, faisant danser des étoiles d'espoir dans le regard de la jeune employée du Ministère, l'enfant capricieuse en elle bondissant de joie. Elle se mordit la lèvre pour contenir toute cette agitation interne et tenta de conserver une atittude élégante et irréprochable - même si il était premièrement un peu tard pour cela, et ensuite, inutile tant le whisky avait consumé ses réticences et autres barrières habituellement en place. Son accent ouvrier avait même retrouvé sa place naturelle entre ses lèvres sans qu'elle n'arrive à le contrôler, et elle était un poil trop saoule pour vraiment s'en faire. C'était probablement aussi pour cela qu'elle s'esclaffa quand il évoqua le saut depuis le toit du Ministère, glissant sans trop y réfléchir qu'elle en mourrait déjà d'envie chaque jour qui passait.

Penchés l'un vers l'autre comme deux comparses, il semblait impossible de les séparer, aussi fut-elle un poil surprise et amusée de le voir se détourner soudainement en lui ordonnant de ne pas regarder. Elle le laissa faire, ravie par la malice qui s'émanait de lui, le rajeunissant d'une bonne décennie. Elle l'observa ensorceller son bout de papier et elle le vit s'envoler avec un sourire mi-figue, mi-raisin. Elle n'avait jamais pu accomplir de telles choses, et il était toujours un poil douloureux de voir des gens le réaliser avec l'aisance du quotidien. Piètre sorcière qu'elle était, elle avait néanmoins pour se réconforter un homme d'âge mûr avec l'envie d'impressionner, et du champagne d'évoqué. Elle était trop engoncée dans son rôle de femme élégante pour le réclamer à grands cris, et son intuition lui soufflait que le papier n'était pas étranger à son désir. Aussi quand il se tourna vers elle pour lui conter une autre histoire, elle se suspendit à ses lèvres avec toute la patience du monde.

C'était une bien jolie histoire - celle de ses parents. Adorable même, en y réfléchissant. Elle se demandait de qui il tenait le plus. Son timide de père, où sa défiante mère, capable de s'affranchir des attentes pour obtenir ce qu'elle voulait ? Avec un sourire en coin, elle se pencha vers lui.

- Tu penses tenir de qui, sachant que je suis celle à t'avoir invité ce soir ?

Un clin d'oeil plus tard et elle partait dans un éclat de rire. Le toussotement l'interrompit également et elle se redressa, adoptant une expression prudemment neutre. Lorsque le serveur entra, elle croisa les jambes et l'étudia, un poil agacée, se demandant pourquoi il avait senti le besoin de venir se déplacer pour les déranger. Quand ses yeux tombèrent sur la bouteille de champagne, l'agacement disparut et le visage entier de Venetia s'illumina, un sourire émerveillé se peignant sur ses lèvres.

- Oh Klaus ! Il ne fallait pas !

Le barman leur déposa la bouteille et deux coupes, élégamment décorées de dorures enchantées, et Venetia jeta un coup d’œil à l'étiquette. L'un des meilleurs champagnes sorciers disponibles actuellement sur le marché - d'une cuvée exceptionnelle pour l'année. Elle en connaissait le prix, et elle toussota légèrement, presque gênée. L'excitation menaçait de la faire sautiller partout. Elle avait du champagne ! Elle avait LE champagne ! Venetia se contint comme elle le pouvait, le temps que le serveur leur jette une dernière œillade et reparte à son travail, mais pas avant d'avoir débouché ladite bouteille d'un geste élégant, et d'avoir servi les premières coupes. Elle savait de mémoire que la bouteille était enchantée pour rester à température idéale, et que les coupes l'étaient également. Elle ne mourrait que d'une seule envie : se ruer dessus. Le choc était tel qu'elle oublia momentanément qu'elle était supposée le tutoyer.

- C'est ... Klaus, si vous n'étiez pas aussi gentil depuis le début de la soirée, je penserais que vous avez une idée derrière la tête. C'est beaucoup trop !

Elle ne put résister et vint le serrer dans ses bras, brièvement, appréciant le contact et la chaleur humaine une poignée de secondes avant de battre en retraite, encore un poil intimidée de ne pas savoir ce qu'il pourrait possiblement attendre avec un tel présent. Peut-être avait-il une idée derrière la tête ? Peut-être, plus que l'impressionner, espérait-il en tirer une gratification. Elle ne pouvait lui en vouloir. Elle attrapa sa coupe, lui tendit la sienne, et s'approcha plus encore, trinquant avec un délicieux sourire. Qu'importe ses intentions, elle voulait le remercier comme il se devait, et si elle devait prendre les commandes pour cela, ainsi soit-il. Elle but une gorgée qui la mena au bord de l'extase, et redressa la tête en humectant ses lèvres.

- Un délice. Je n'en avais jamais bu avant ce soir !

Elle s'approcha doucement, l'air ingénue, battant des cils, ignorant son propre rythme cardiaque qui s'emballait. Ces moments étaient toujours décisifs, selon elle, pour déterminer si un homme avait des idées derrière la tête. Le frisson du danger, elle l'appelait, car une fois les intentions découvertes, il ne lui restait que deux choix : foncer ou renoncer. Elle ne voulait pas le blesser, mais elle n'avait jamais foncé avec quiconque, et ce n'avait jamais été le plan pour ce soir non plus, en tout cas jamais jusqu'au bout. Elle avait flirté, embrassé, séduit, caressé des joues, des torses. Elle s'était même assise sur des genoux à multiples occasions, jouant parfaitement l'ingénue qui ne savait pas ce qu'elle évoquait. Mais quand les choses escaladaient, elle trouvait toujours un moyen de filer. C'était la règle d'or.

- Comment possiblement te remercier ?

Mais Klaus n'était pas une victime, en tout cas pas intentionnellement. Elle n'avait pas prévu de l'arnaquer, et elle ne comptait pas commencer. Elle ne l'avait qu'à peine encouragé. Et peut-être avait-elle envie de se lâcher. Elle regrettait presque de ne pas être dans un attirail plus séduisant. Mais peut-être se faisait-elle des idées, et peut-être resterait-il un gentleman jusqu'au bout des ongles, ne souhaitant qu'une platonique soirée d'amusement.

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Jeu 20 Sep - 9:19

Klaus n'avait quant à lui pas vraiment remarqué le changement d'ambiance. Cela faisait si longtemps qu'il ne s'était pas autant plu avec quelqu'un, les mots sortaient de sa bouche sans qu'il pût en comprendre la véritable ampleur ni les éventuelles répercutions. Oh, bien sûr, si la piste de danse calmait, comme c'est quelques fois le cas dans les petits bars à l'ambiance échaudée en début de soirée et calme dans sa fin, l'Allemand ne manquerait pas l'occasion et embarquerait tout de suite la jeune femme pour une petite danse.

A sa dernière question, sur ce sujet, Klaus ne lui répondit que par un sourire en coin. De qui il tenait le plus ? Elle avait raison, ce n'était pas simple à éclairer, on tient rarement d'un seul des deux parents. De sa mère il avait hérité de l'amour, de la tendresse et de la bonté, mais aussi d'une certaine défiance. De son père, plus strict, il avait gardé un peu de sa réserve et beaucoup de son attachement au travail. C'était de sa faute si maintenant Klaus était devenu un rat de bureau et n'avait pour autre vie que ses missions à l'extérieur. Pourtant il ne lui en voulait pas, au contraire.

Mais pour l'instant, le serveur venait les déranger. Klaus se contenta d'afficher un laconique signe de tête au serveur qui avait été moqueur avec lui quelques moments plus tôt. Alors que celui-ci faisait ce qu'il avait à faire, l'Allemand tournait son regard vers sa jeune compagnonne. Oh, elle avait l'air toute autre quand quelqu'un d'autre était présent, plus renfermée, presque morose. Mais heureusement cela ne dura pas et sa réaction, voyant le champagne commandé, laissa échapper un rire à Klaus. C'était comme voir un enfant triste à Noël qui déballerait ses cadeaux et découvrirait celui dont il rêvait et bassinait ses parents depuis des moments. Cela provoqua chez Klaus un mélange entre l'amusement, la douceur et le plaisir, de pouvoir altérer ainsi l'humeur de sa compagnonne. Tranquille, appuyé et bien installé contre la banquette, il observait la scénette d'un œil amusé. « C'est notre soirée, il le fallait, si. » Avant de repartir, le barman vint apporter la note à notre Allemand qui l'observa un instant, impassible, avant de la plier en trois et de la glisser dans une poche. Il fallait s'y attendre, à un prix aussi exorbitant, mais il ne montrait pas sa gêne ni sa surprise. Il allait devoir se serrer la ceinture pour la fin du mois, au moins ce mois-ci, si ce n'est plus, mais cela valait le coup, pour une soirée, de se « lâcher ».

Il reçut non sans surprise, mais non sans déplaisir, l'embrassade offerte par la jeune femme, cela accompagné d'un léger rire. Oh, des idées derrière la tête ? Si elle savait. Il attrapa la coupe précautionneusement. « Je n'ai qu'une idée derrière la tête, une folle idée, une incongrue idée, une terrible idée : celle de passer une bonne soirée. » Quand elle s'approcha, il fit de même, un tantinet mais inconsciemment. L'observant dans le fin-fond des yeux de sa compagnonne, il fit doucement heurter sa coupe contre celle de Venetia pour produire un doux son qui raisonna dans la petite alcôve intimiste. Puis il observa un instant le champagne avant d'en prendre une petite gorgée, à la manière de ceux qui sont très peu habitués à en boire, car c'était bien le cas de notre allemand, dont la dernière coupe devait dater d'avant même la Guerre, avec ses parents ou sa femme d'alors, il ne savait plus trop. Cela n'importait pas, en ce moment. Seul le liquide qui se déversait actuellement contre son palet important, et son onctuosité provoqua chez l'Allemand un étonnement et un bien être fou. Il en avala une petite gorgée, la savourant comme il se devait, avant d'en revenir à sa compagnonne. « Il est... divin, tu as raison. »

Puis l'Allemand pencha la tête de côté alors que Venetia se rapprochait encore de lui en battant des cils. Alors que son rythme cardiaque s'emballait, lui aussi, il ne laissait rien paraître qu'un sourire en coin comme ceux qu'il revêtissait quand il n'avait rien à ajouter, d'audible. Si lui n'avait a priori pas d'idées derrière la tête, la jeune femme semblait en avoir une, et une claire. Klaus prit une nouvelle petite gorgée de son supra-onéreux champagne, ne lâchant pas des yeux Venetia. « Il n'y a pas à me remercier, ce devrait plutôt à moi de te remercier de m'avoir sorti de ce bar miteux. Le reste... Ce ne sont que des Gallions, il y en aura d'autres. » Il haussa les épaules, simplement. C'est vrai, des salaires il y en aurait d'autres et à un moment, il pourrait de desserrer la ceinture à cause du champagne, mais des soirées comme celle-ci, ce serait difficile d'en trouver d'équivalentes. Alors il resta ainsi, le visage proche d'elle, un goût intarissable de champagne, mélangé au calva et rhum, étrange mélange, dans le gosier, devenant aussi muet dans ses paroles que dans ses actes, sans pour autant en penser moins.

Il tenait décidemment plus de son père que de sa mère.

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Jeu 20 Sep - 15:58




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venetia & klaus

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Bien que tout semble soudainement un peu flou autour d'elle, Venetia Bird n'était pas femme à se laisser distraire par un état d'ébriété avancé. Ce qu'elle avait commencé, elle le terminerait. Tendue par son propre questionnement, elle cherchait en ses yeux la réponse et ne lut que l'innocence et la prudence la plus totale. Il n'avait aucune idée perverse derrière la tête ;  elle était vraiment tombée sur le seul homme qui ne pensait pas à profiter de son corps contre des coupes de champagne. Presque surprise, Venetia écarquillait légèrement les yeux, l'observant avec émerveillement et tendresse, le tout parfaitement lisible sur son visage enivré. Elle recula, se laissant retomber sur la banquette, et se saisit de sa coupe de champagne. Elle but encore, songeuse. Comment était-ce possible ? Il avait l'air... eh bien, il avait l'air hétéro, déjà - bien qu'elle puisse se tromper. Il avait l'air en pleine possession de ses moyens. Et elle ... Eh bien sans se mentir, elle cultivait son apparence dans le but de séduire, alors il n'y avait rien de surprenant à ce qu'elle se sache belle et désirable. Peut-être sa troisième décennie approchant la rendait moins... attirante ? Un doute la saisit, et elle finit par secouer la tête, partant dans un éclat de rire sincère. Voilà qu'elle remettait son existence entière en question, alors qu'il était clair que seules l'honnêteté et la gentillesse de l'homme en face d'elle étaient en cause.

- Oh Klaus. Tu es ... Tu es quelque chose.

Elle n'avait jamais fréquenté d'homme de ce genre ; ces espèces de chevaliers en armure brillante, épargnés par les vices du bas-monde. Elle se sentait presque en décalage, ne savant que faire de lui. Le corrompre semblait hors de portée, et ne l'intéressait pas plus que ça. Se hisser à son niveau lui était tout à fait inatteignable, bien consciente qu'elle était de son amour pour les vices en tout genre. Elle secoua la tête et attrapa un petit étui métallique renfermant des cigarillos. Elle s'en alluma un, lui proposant d'un geste d'en saisir un également si l'envie lui en prenait. Se réinstallant plus confortablement, elle lui sourit gentiment, penchant la tête sur le côté pour le détailler. Elle se sentait d'humeur à parler désormais, plus qu'elle ne l'avait été. Le whisky la rendait triste, et le champagne heureuse, c'est donc tout naturellement qu'elle enchaina.

- Je dois te faire une confession. Je suis un peu férue de poésie, et c'est un trait très ridicule chez les gens comme moi.

Elle ne précisa évidemment pas ce qu'elle entendait par là, se contentant de poursuivre entre deux bouffées, le regard fixé vers le plafond, un peu songeuse.

- Toujours est-il que j'ai une grande affection pour Baudelaire, je sais, tellement cliché. Et dans un de mes poèmes favoris, il commence ainsi - ne te moque pas d'accord ?

Elle se leva, s'éclaircit la gorge, et déclama de mémoire, observant le plafond pour dissimuler sa gêne. Elle ne s'était encore jamais ouverte autant face à un inconnu, et encore moins pour parler de poésie.

"Le vin sait revêtir le plus sordide bouge d'un luxe miraculeux"

- Et tu vois, je trouve ça joli comme formulation. L'alcool aide à voir la vie d'un oeil plus ... positif. L'alcoolique voit en son misérable boui-boui un palace, son palace, là où il peut devenir roi, maître de sa destinée. Mais moi je ne suis pas d'accord ; ce n'est qu'une distraction. Que ce soit au Chaudron ou ici, la réalité que l'on a besoin d'alcool pour se sentir misérablement en vie et heureux de l'être... J'en ai conscience.

Elle haussa les épaules, écrasant son cigarillo directement sur la table de l'alcôve, lui adressant un petit sourire coquin. Ses propos manquaient probablement un peu trop de cohérence pour qu'il suive son rythme de pensée, mais elle les bulles du champagne montaient au cerveau, et elle avait envie de faire quelque chose, n'importe quoi, pour se tirer de cette impression désagréable qu'elle n'avait rien à faire avec un tel homme, et qu'elle ne méritait pas un dixième de la gentillesse qu'elle constatait chez lui.

- Alors je te propose ici, maintenant, de danser un peu. Sans aller sur la piste infernale. Pour prouver à ce satané Baudelaire que ce n'est pas l'alcool qui nous tient en laisse, c'est nous qui le tenons. Oui, je pense qu'il faut qu'on danse.

Elle poussa la table sans ménagement, leur dégageant un minuscule espace, tendant la main vers lui avec un sourire réjoui. Elle attrapa ses doigts entre les siens, et le tira, plaçant son corps de façon à initier un espèce de slow, se mordant la lèvre d'un air joueur.

- Là, une main sur ma hanche, l'autre ici... Bien. Evidemment, on manque de musique appropriée... Ok, fais ça, pense à ton air favori, et laisse toi entrainer. Je suivrais.
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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Jeu 20 Sep - 19:09

L'Allemand pencha, pour faire dans l'originalité, la tête de côté, dubitatif. Oh, certes il comprenait, ou pensait comprendre, les idées qu'elle avait eu derrière la tête, mais cela n'expliquait pas sa réaction première, c'est à dire une telle surprise et remise en question. Il lui offrit un léger sourire. Certes il ne se comprenait pas toujours et certains autres hommes qu'il fréquentait avaient aussi du mal à le comprendre en ce genre de situations où la perche est tendue, où l'assaut est sur le point d'être donné, mais où Klaus reste impassible. C'était par une rude fierté et beaucoup de mémoire qu'il arrivait à toujours se dérober, et qu'on aurait du mal à le faire flancher, même avec la plus belle des roses offertes à ses beaux yeux. Il était quelque chose, c'est vrai. Un léger rire s'échappa de sa gorge sans qu'aucune parole ne vienne l'accompagner. Il était quelque chose comme son père était quelque chose au même âge. L'Allemand opina du chef avec un sourire malicieux.

D'un petit et gracieux signe de la main, il refusa le cigare qui lui était proposé. Il avait trop de souvenirs, dans sa toute petite enfance, où les amis de son père fumaient dans le salon en parlant d'une politique dont il ne savait rien alors, et à laquelle il n'accrochait aucune once de curiosité. Quoiqu'il en soit, ce souvenir de cigare arrachant lui restait en travers de la gorge. Mais il se contenta de refuser et ne montra aucun dégoût qu'avec n'importe qui d'autre il aurait montré, sans trace aucune de remord. Mais bien vite elle se rattrapa avec sa révélation sur la poésie, ce qui eut pour bien heureux effet d'arracher un large sourire aux lèvres du beau brun. Il avait toujours aimé la poésie, mais sans jamais avoir l'occasion de s'y pencher plus que cela, étant toujours pris entre ses études, son amour et l'amour de ses études. Et elle lui parla de Baudelaire, un auteur français dont il avait déjà entendu le nom quelques fois. Il se redressa un peu, l'écoutant avec l'intérêt d'un élève qui écoute son professeur qui parle de choses qu'il aime. « Je ne trouve pas ça ridicule. Au contraire, j'aime beaucoup les personnes qui ont pris le temps d'apprécier la poésie. » Il lui adressa un doux sourire avant de la laisser continuer. Un petit rire émanant de l'Allemand suivit la jeune femme dans son lever. Il ne voyait plus l'élève passionné, il voyait maintenant l'élève interrogé. Et cela l'attendrit, terriblement. Même s'il n'était pas d'accord. Et une petite moue contrite confirma cela, ainsi qu'un dodelinement du chef amusé.

« C'est bien joli, et ça va avec l'idée qu'on a habituellement de Baudelaire, néanmoins je ne suis pas d'accord avec lui. L'alcool change notre perception, c'est vrai, elle fait voir au bouseux un palace en leur dessous de pont, mais de ce fait les éloigne de la réalité dans laquelle ils sont ancrés, les piègent dans une illusion qui peut leur faire du bien sur le moment, mais les ruine sur le long terme. C'est... (Klaus pencha la tête de côté, avec un léger rire.) C'est un piège terrible, même si je comprends leur volonté d’un échappatoire. Je trouve juste cela dommage. »

L'Allemand laissa petit regard dans le vague, se livrant un instant à ses pensées avant d'être rattrapé par la jeune femme, haussant les sourcils. Une danse ? Ici ? L'occasion s'y prêtait, il ne sut refuser. Observant le minuscule espace il secoue doucement la tête avec une moue certaine. Alors qu'elle était sur le point de lui prendre la main, il secoua à nouveau la tête, retourna vers sa sacoche et en sortit à nouveau sa baguette, qu'il fit de nouveau virevolter pour leur offrir une piste plus espacée et un calme plus certain, coupé de l'autre côté du rideau. L'Allemand opina d'un air ravi et satisfait. « Là, ça va être mieux. Pour toi, et pour moi. » Ç'avait été prononcé comme une promesse.

Ce sur quoi Klaus laissa reprendre la jeune femme où elle en était, penchant la tête, à nouveau amusé. « Eh, Venetia. J'ai un père londonien et une mère allemande, tu crois vraiment que je ne sais pas danser ? » Il ricana, prenant avec habilité sa hanche, rapprochant alors la jeune femme de lui, et sa main, dont il apprécia le contact. Il lui offrit un sourire, puis murmura avec douceur quelques mots : « Laisse-toi aller et profite, je m'occupe du reste. ».

[A écouter au cours du prochain paragraphe.]
L'Allemand ferma les yeux un instant, puis retourna un regard malicieux vers la jeune femme. Il avait trouvé l'Air. Il l'entend, avec les sons et des petits bruits, les vrombissements, du tourne-disque de son enfance. Il sourit. Il voyage. Il revoit ses parents dans le salon londonien, sur le tapis rouge et or. Il voit son père. Il voit sa mère. Ils dansent chacun de son côté. Ils rient. Sa mère, dans une longue robe longue tient d'une main un verre de rouge et le regard de son époux en même temps. Le père la dévore du regard. Il regarde le tourne disque puis regarde sa tendre, sans un mot il lui ôte son verre des mains, la prend à la taille et à la main et commence à la faire valser. Il y va doucement, au début. Il profite de chaque moment. Leurs regards ne peuvent se défaire l'un de l'autre. Ils sourient, tous les deux. Ils ne font plus qu'un, plus qu'une danse. Une danse endiablée, qui évolue, qui grandit, qui s'intensifie seconde après seconde. Plus rien n'existe autour d'eux. Le monde disparait. La guerre n'a jamais été, la guerre ne sera plus jamais. Les soucis ne sont plus non plus. Les humains ne sont plus. Il n'y a que deux cœurs, deux cœurs qui battent à l'unisson sur un fond de Chostakovitch. Même leur enfant disparait. C'est dire. Il disparait pour se retrouver à des lieux et des années de là, dans un bar, à refaire ces mêmes mouvements avec une inconnue d'un soir qui n'existera plus le lendemain. Il a les yeux portés dans ceux de sa compagnonne, il lui sourit. Leurs corps sont proches. Il ne pense à rien d'autre qu'à cette danse, cette danse mythique, ancestrale, milléniale. Dans ce petit espace, un peu plus grand que prédestiné mais toujours pas énorme, il conduit sa partenaire comme il peut, aux anges, montant et descendant le tempo selon le moment de la danse, qu'il fredonne et dont il tapote du bout de l'index les notes sur la hanche de la femme. Il ralentit alors doucement, quand son souvenir est finit. Sans cesser la danse, il retourne des yeux lumineux vers Venetia, sa respiration douce et chaleureuse attaquant son visage. Il ouvre la bouche mais aucun mot ne sort, ce « merci », profond et plus que sincère, qu'il aurait aimé exprimé ne sera jamais à la hauteur. L'allemand reprend un peu plus son emprise sur la jeune femme, la rapprochant à nouveau contre lui, il ne veut plus la lâcher, il ne veut plus quitter cet instant.

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Jeu 20 Sep - 20:26




art is forever


venetia & klaus

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

D'un mouvement de baguette qui heurtait encore un peu sa propre incapacité à rendre les choses pratiques et jolies, il leur avait arrangé une véritable piste de danse. Mieux encore, il ne la trouvait pas ridicule pour sa passion futile pour la poésie. C'était la seule petite faiblesse qu'elle se permettait ; l'un des nombreux secrets qu'elle n'avait jamais avoué à quiconque, pas à haute voix. Ce soir était une soirée de premières fois. Première coupe de ce champagne là, premier secret avoué à un inconnu... Et à voir la confiance toute masculine qui brillait dans le regard de Klaus, probablement sa première danse qui soit autre chose d'un slow misérable destiné à laisser les mains vagabonder sur ses fesses plus que pour le véritable plaisir de la danse. Elle se sentait plus encore comme une enfant à qui il fallait tout apprendre, et ressentait d'autant plus cruellement les mille lieux les séparant. Elle qui l'avait pensé vieux rabougri ; elle avait oublié que c'était souvent eux qui en avaient plus vu qu'elle. Il avait une élégance naturelle qu'elle ne savait reproduire que bien maladroitement, ce qui la conduisit à rester silencieuse.

Par peur de briser l'instant, de rompre la magie, elle l'observa, vit la musique jaillir en lui et prendre possession du reste. Elle aurait pu juré l'entendre, quand il saisit sa hanche fermement et conduisit les premiers pas. Avant même qu'elle ne s'en rende compte, voilà qu'elle valsait. Première valse. Probablement qu'une fois vieille et ridée, si elle survivait jusque là, elle se souviendrait de cette soirée. De la gentillesse, de l'honnêteté. Elle avait lu dans une de ces romances historiques - bouquins à l'eau de rose vendus pour une poignée de centimes sur les marchés - que la valse était considérée comme l'une des plus sensuelles des danses. Elle n'aurait su dire si c'était le cas, mais elle savait que son coeur battait la chamade, que chaque vacillement menaçait de la faire renverser, et que le contact de la main chaude de Klaus dans la sienne, sentir ses doigts tapoter sa hanche, l'emplissait d'une terreur, oh si douce.

Le moment aurait pu s'étirer à l'infinie tant il était paisible, et tandis qu'ils valsaient, ses propres pensées vagabondaient vers la vie qu'elle avait mené, le genre de personne qu'elle avait été. Elle n'en tirait aucune fierté et ne se considérait pas comme une bonne personne. Elle avait fait ce qu'elle avait à faire, parfois plus maladroitement que d'autres. Venetia Bird, touchée par la lumière émanant de son compagnon ne pouvait s'empêcher de se comparer, et le résultat n'était pas à la hauteur de ses attentes. Ce n'était en rien sa faute, et elle ne lui en tenait pas rigueur, mais le sentiment cruel s'accrochait à sa poitrine comme un poids trop lourd, la forçant à éviter le si lumineux regard qu'il posait sur elle. Sentant la prise sur sa hanche se resserrer, elle accepta l'étreinte sans passion, guidée telle une poupée sur une piste trop brillante pour ses pauvres yeux habitués à l'obscurité. Elle ferma les yeux une seconde, les redressa l'instant d'après pour l'observer avec une douceur et une tendresse qu'elle n'avait probablement jamais ressenti auparavant. La gratitude dans son regard lui fit l'effet d'une flèche dévastatrice.

Elle devrait être la seule à éprouver une once de gratitude, songe-t-elle soudainement. Elle ne méritait ni tant d'égards, ni tant de moyens déployés. Venetia baisse le regard, jusqu'à dissimuler entièrement son visage ; et quand vient le moment de conclure le moment, elle sait qu'elle n'en a pas envie. Lui non-plus, probablement, mais elle ne peut rien lui apporter de plus. Mobilisant tout le courage qu'elle peut, elle met fin à la valse, recule d'un pas, et sourit avec toute l'élégance qu'elle arrive encore à invoquer dans son visage fatigué. Quitte à dormir dans le Magicobus toute la nuit, elle préfère s'échapper maintenant, avant que tout ne s'effondre et qu'elle ne soit confrontée de plein fouet à la triste réalité. Il vaut mieux épargner à Klaus la désillusion, même si il semble être sans attentes, s'offrant simplement à ce que le présent lui offre - il existe toujours cet instant où le fantasme vole en éclat, et ne reste que la vérité.

Venetia prit une inspiration.

- Je dois rentrer. Il vaut mieux que je rentre maintenant.

Elle avança, se hissant sur la pointe de ses chaussures à talons dont le vernis était déjà un peu décrépi, et doucement, comme pour toucher un papillon, avec toute la précaution du monde, elle vint déposer ses lèvres sur celles de Klaus, et sur un dernier sourire, récupéra ses effets personnels, et sortit de l'alcôve. Soudainement confrontée aux cris des gens surexcités de la piste de danse, elle se figea, comme une biche face à des phares, et amorça sa sortie jusqu'à la rue, la tête tournant soudainement. L'adrénaline redescendait doucement, et elle se posait brutalement la question de ce qui l'avait possédée pour qu'elle laisse filer une telle occasion. Son côté pragmatique lui souffla que la bouteille de champagne n'avait même pas été finie - et elle grimaça en secouant la tête pour chasser ce genre de pensées. Klaus méritait mieux, et la valse avait été le clou final du cercueil de leur escapade d'un soir. Elle espérait simplement qu'il en garde un souvenir aussi chaleureux que le sien.

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MessageSujet: Re: Ὁ μὲν βίος βραχὺς, ἡ δὲ τέχνη μακρά (ft Klaus Beckenridge)   Jeu 20 Sep - 21:29

L'Allemand déglutit quand la jeune femme se déroba de sa prise. Certes elle souriait, mais il sentait qu'il y avait quelque chose qui n'allait. Il avait... « A bad feeling about this », comme Ils disent. C'étaient ses yeux qui parlaient à sa place. Il n'avait pas oublié les enseignements de sa mère, et là il voyait quelque chose qui n'allait pas, vraiment pas. Le coup fatal fut sa phrase. Elle devait partir, elle voulait partir. Il plissa légèrement les yeux. L'allemand ne comprenait pas et reçut cette nouvelle de plein fouet. Il était bouche bée.

Tout à fait silencieux, il encaissa le baiser, le sourire et le baiser. Il resta dans l'alcôve quelques minutes, réfléchissant à tout, à ce qu'il avait bien pu faire de mal pour qu'elle s'en aille d'un coup après ce moment des plus étranges. Il observa les coupes de champagnes, la sienne était encore vide ; la bouteille était à moitié entamée. Quel... « gâchis » ? Il n'était pas sûr de pouvoir vraiment employer cet adjectif. Ç'avait été bien loin d'un gâchis. Il s'approcha doucement de la table basse, tendant la main vers la bouteille, mais se ravisa alors que sa main ne se trouvait qu'à quelques centimètres de sa cible. Il l'observa quelques instants de plus. Il y avait quelque chose dans sa gorge qui l'empêchait de prendre la boisson. Il l'approcha alors du verre mais manqua de le faire tomber, sa main tremblant fortement. Klaus la mit alors dans son autre main pour tenter de la calmer, remit son manteau et prit la sacoche. Il sortit de l'alcôve et fut à son tour frappé par l'ambiance frappante, déchirante, de la piste de danse. Il s'approcha lentement du comptoir, le visage tout à fait neutre et paya lentement le barman, qui ne savait pas vraiment où se placer.

Il finit, alors que Klaus donnait le dernier gallion, par intervenir : « Eh, mec, ça va ? » Klaus tourna le regard vers lui, il hocha lentement du chef et s'en alla vers la sortie, marchant de plus en plus vite, pour finir par courir jusqu'à la porte qui menait à la ruelle. Arrivant à l'air libre, en donnant des coups d'épaules un peu trop forts, assez pour lui raviver son ancienne douleur, du début de la soirée, il prit une grosse bouffée d'air, regardant autour de lui. Il n'y avait plus personne. Il l'avait laissée partir. Il ferma les yeux quelques secondes. Elle lui avait bien dit que ce ne serait que pour ce soir. Pourtant... L'Allemand secoua la tête, tentant comme il le pouvait de retrouver sa dignité. En vain. Il se tourna vers un des côtés de la rue et marcha, sans s'arrêter, recommençant, expectant la venue de demain, le jour qui se lève à nouveau et que le travail qui recommencerait. Il marcha lentement, se mêlant à nouveau à la sombre populace.

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