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 Burning cities and napalm skies (ft Aristide Henry)

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MessageSujet: Burning cities and napalm skies (ft Aristide Henry)   Dim 18 Fév - 0:01



Burning cities and napalm skies
ft Aristide - 5 août 2000

 

La journée avait défilé comme dans un rêve éveillé : un peu trop lente parfois, avec des vitesses renversantes qui lui avaient donné l'impression de rater des pans entiers, des heures pleines. Ruth était partie, et son départ laissait un vide ; dans l'appartement, dans sa tête. Elle avait eu une nuit difficile et un réveil collant de sueur moite, avec encore un pied dans les cauchemars du passé. Ruth avait hésité à partir, la dévisageant d'un air inquiet. Son stage de survie devait durer six mois, et laisser sa cousine à la merci de ses démons lui semblait soudainement une affreuse idée. Mais Shae s'était montrée intraitable. Elle devait y aller.

Et elle avait regretté d'être toujours celle qui se montrait forte et qui refusait de ne laisser porter ne serait-ce qu'une miette de ses fardeaux à Ruth. Elle avait regretté quand, une fois seule, les pensées angoissantes l'avaient à nouveau assaillies et qu'elle s'était rendue compte que Logan n'était jamais revenu de sa soirée amoureuse. Elle était irrémédiablement seule à affronter ses démons pour la journée. Hors de question de compter Aristide comme un possible soutien - elle ne s'en sentait ni le courage ni la motivation. Ces derniers mois avaient été fort heureusement vide de sa présence, car il semblait s'être réservé à utiliser le canapé sans plus causer d'ennuis - probablement par peur de Logan. Et bien qu'elle arrive à regretter leurs fabuleuses disputes, elle était curieusement rassurée de ne pas le croiser plus que ça.

Après les semaines à avoir pansé son coeur douloureux, elle avait fini par remarquer ce qui une fois par le passé avait su attiré son attention. La délicatesse des doigts décharnés lorsqu'il prenait soin d'Algorab, son corbeau, malgré les coups de becs vicieux de ce dernier. Les carnets de notes sur les étoiles laissés grands ouverts à trainer dans le salon, sur lesquels elle trébuchait en allant chercher ses cafetières pleines. Les yeux humides lorsqu'elle l'avait surpris devant une cassette de Grease. Le fait qu'il ait fredonné "You're the one that I want" sans trop vraiment s'en rendre compte pendant des jours après. La grande solitude trop souvent dissimulée derrière une morgue d'apparence sans faille de ses yeux verts. Cette multitude de détails qui parfois s'immisçaient dans son esprit pourtant déjà si plein, et qu'elle rêvassait - fantasmait à penser un jour pouvoir partager.

Elle savait déjà que ce ne serait jamais le cas - mais elle autorisait cette unique faiblesse à son coeur malmené dans l'espoir d'apaiser sa propre solitude, d'autant plus vive et cruelle qu'elle avait cru pendant un instant pouvoir y échapper entre les bras rassurants d'un autre. Y penser n'était que douloureux, et même si cette douleur s'atténuait, elle restait si sensible sur le sujet qu'elle n'en avait pipé mot à personne. Même à Ruth.

Elle avait paressé dans sa chambre, enchainant les clopes et les mugs de café, écrivant des sorts et des runes dans les airs pour passer le temps, refusant d'admettre qu'elle se terrait comme la lâche qu'elle était. Affronter Aristide dans un si mauvais jour lui semblait une épreuve insurmontable ; il aurait pour cela fallu qu'elle parvienne à s'extirper de la chape lourde et noire enterrant ses espoirs et qu'elle se bouge suffisamment pour faire bonne figure. Une mèche blanche lui barra le front tandis qu'elle se redressait péniblement avec un soupir. Le jour touchait déjà presque à sa fin, et son ventre gargouillait désagréablement. Elle avait pris la décision de couper sa tignasse folle sur un coup de tête, les raccourcissant jusqu'à la moitié de sa mâchoire, à peine plus long que ses oreilles, et par la même avait altéré la couleur de paille en un blond luminescent presque blanc. Cette altération n'avait pas arrangé l'état de ses cheveux déjà si secs, et elle méritait désormais totalement son surnom de paillasson. Elle s'en fichait un peu ; cela n'avait pas eu l'air d'émouvoir son affreux colocataire, et elle avait ruminé ce manque de réaction un moment.

Les contours lumineux et tremblotants des lettres et runes qu'elle avait dessiné dans les airs s'estompèrent lorsqu'enfin, elle agita la main et se redressa, observant par les carreaux de sa fenêtre le soleil se coucher. Elle s'étira et agita sa baguette en direction de l'une des grosses caisses de bois flottantes occupant tout l'espace du plafond. Shae rangeait là la plupart de ses potions, pierres, cristaux, et encens. Ses livres les plus précieux étaient également entreposés dans l'une des caisses flottantes, profitant de la hauteur sous plafond pour n'encombrer le sol que lorsqu'elle se plongeait dans la lecture. Elle attrapa un petit coffre en bois sombre et l'ouvrit, en sortant une petite pipe en verre opaque, et un petit stock de champifleur destiné à calmer les remous de son esprit orageux. Nul doute que dès les premières senteurs, elle verrait le visage émacié d'Aristide arriver dans son antre.

C'était bien là les seuls instants où il osait entrer, à vrai dire. Lorsque certain qu'elle était déjà en quelque sorte apaisée, il franchissait le pas de la porte et venait s'affaler sans égards sur son matelas moelleux, lui voler une bonne moitié des bouffées de sa pipe, et finir par s'éclipser, parfois après qu'elle se soit assoupie. Un sourire nerveux lui agita la bouche, tel un tic, tandis qu'elle s'affairait à préparer et allumer le sésame. Peut-être avait-il peur d'elle. Comme elle avait tout fait pour, elle ne s'en plaindrait certainement pas.

Comme prévu, au bout de quelques minutes elle entendit un bruit de pas lourd faire grincer les lattes du parquet de l'appartement. Sa porte craqua, et dans son entrebâillement, apparut la masse de boucles noires qui faisaient parfois chavirer les pensées de la jeune femme. Elle laissa échapper un soupir imperceptible et se redressa sur un coude. Les orbes opales souvent indifférentes et cernées de noir depuis qu'il avait commencé à travailler les week-ends au Chaudron Baveur, tout en refusant catégoriquement de révéler ce qu'il faisait de ses semaines, la dévisagèrent une seconde qui lui parut une éternité, avant qu'il n'entre avec sa bravade habituelle.

Elle leva la pipe et lui offrit sans le lâcher du regard, finissant par le détourner à la dernière seconde, tandis que sa voix s'élevait, rauque et cassée comme à son habitude.

- Tu viens encore profiter de ma charité à ce que je vois.

Un grognement sourd interrompit la fin de sa pique moqueuse, rappel douloureux qu'elle n'avait rien avalé de consistant de la journée. Elle grogna en réponse, intimant à son estomac de rester silencieux. Elle n'avait que faire des organes anarchistes.

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MessageSujet: Re: Burning cities and napalm skies (ft Aristide Henry)   Mer 4 Avr - 14:59



Burning cities and napalm skies
ft le Paillasson- 5 août 2000

 

Trainer en slip toute la journée. Voilà qui était digne des ambitions paresseuses de notre ex-serpentard. Profitant du seul et unique jour de la semaine où il pouvait se permettre de glander, Aristide avait squatté Pupuce une bonne partie de l’après-midi, plongé dans un livre pour le moins édifiant et sobrement intitulé : «  La drague pour les nuls ». Il l’avait trouvé par hasard en fouillant rapidement (et sans autorisation) dans la bibliothèque personnelle de Logan. Caché derrière deux gros grimoires.
Passé le rire et les exclamations moqueuses, un coup d’oeil curieux dans cet ouvrage avait fini par attirer son attention totale. Y trouvait-on les secrets qui faisaient le succès ravageur de son colocataire ? Y avait-il des sortilèges de bonne apparence et autres recettes de philtres d’amour ? Ne vous méprenez pas, Aristide lisait ce livre par pure curiosité scientifique. Rien d’autre. Mais ses colocataires ne le comprendraient pas eux. Il prit donc soin de cacher sa lecture dans un autre livre plus grand sur les astres et nébuleuses.
Le soleil se couchait déjà lorsqu’une effluve que ses narines ne pouvaient plus ignorer l’extirpa de son étude des parades masculines et de drague en plusieurs étapes. Le paillasson ? Tel un appeau à Aristide, l’odeur puissante du Champifleur l’attirait inéluctablement vers l’antre de la blonde. Il était surprenant de constater la présence de la sorcière à la maison pour la simple et bonne raison qu’il n’avait entendu aucun signe de vie au court de la journée si ce n’est les croassements d’Algorab et les ronflements de Pupuce. Il passa doucement la tête dans l’entrebâillement de la porte pour vérifier que son odorat ne lui jouait pas des tours et fut presque étonné de voir la propriétaire des lieux allongée sur son lit. Tiens, c’était quoi cette coupe de cheveux ? Il lui semblait bien que quelque chose avait changé en elle ces derniers jours… Il observa la blonde quelques secondes comme si c’était la première fois qu’il la voyait avant de s’engouffrer tel le rustre qu’il était dans ce cocon végétal. Il avait maintenant l’habitude d’esquiver les laitues volantes de cette chambre aux effluves apaisantes sans le moindre mal.

- Tu viens encore profiter de ma charité à ce que je vois.

Fit-elle pour la forme alors qu’elle lui tendait sa pipe d’un air absent. Aristide constata qu’il y avait un certain progrès dans leur relation. Au moins, il n’avait plus à chouiner de longues minutes avant qu’elle ne craque et daigne partager les vertus de ses herbes. Contre toute attente, il y avait finalement du bon à avoir une colocataire botaniste. Saisissant la pipe sans manières, notre grand cornichon s’affala comme un patapouf sur le lit et aspira une grande bouffée de champifleur en passant sa main libre sous sa tête.

«  Ouais » Murmura t-il, pour une fois avare de surenchère. Il recracha doucement la fumée opaque pour profiter le plus longuement possible de la saveur amère et âcre qui envahissait maintenant sa bouche. Apaisé, et se ramollissant instantanément, il se rendit compte à quel point son corps était tendu. Tirant une seconde fois sur la pipe, il fixa le plafond comme s’il voulait en analyser les constellations, il se demanda bientôt ce que les nombreuses boites flottantes pouvaient bien contenir. Il n’avait encore jamais questionné sa colocataire à ce sujet et plusieurs hypothèses lui avaient déjà traversé l’esprit. Au fond cette part de mystère lui plaisait bien. En fait, ces moments d’accalmie lui plaisaient bien tout court. Ils ravivaient des souvenirs adolescents, ces glorieux moments à Poudlard où squattant la tour d’Astronomie nos deux sorciers en devenir s’échangeaient déjà des clopes comme deux contrebandiers en fuite. Qui aurait pu prédire qu’une poignée d’années plus tard, le même rituel se déroulerait à Londres ? À bien y penser, Shae comptait parmi ses plus vieilles connaissances. S’il faisait les comptes, la sorcière était même la personne avec qui il avait passé le plus de temps, toute période confondue. Shae méritait-elle le titre d’amie ? La fierté du grand Aristide Henry Howard de Norfolk faisait tout pour lui faire dire le contraire. Cependant, il ne pouvait nier que cette blonde impulsive avait aujourd’hui une drôle d’importance dans sa vie. Quelque chose d’ambigu l’empêchait de trouver le terme approprié pour la qualifier. Ils étaient parfois complices, comme en ce début de soirée à grands renforts de champifleur. Alors que l’envie de s’étriper mutuellement prenait inexorablement le dessus au quotidien.

«  Tu te souviens de notre blind date à Pré-au-Lard ? » Lâcha t-il mine de rien en passant la pipe à son interlocutrice dont les grognements stomacales étaient de plus en plus sonores. Il regretta sa question presque instantanément. Fallait pas qu’elle se méprenne ! Loin de lui l’idée de se lancer dans un moment niais de confession/émotion ! Ou bien ?

«  T’avais une de ces gueules à l’époque. » Ajouta t-il un rictus au coin des lèvres pour briser la mièvrerie de son propos. «  D’ailleurs, en parlant de gueule. C’est quoi ces cheveux ? T’as mis les doigts dans une prise électrique moldue ? » Il se redressa sur son flanc, pour bien observer Shae. Son rictus s’élargissait à mesure qu’il détaillait la coupe étrange de sa colocataire. Leur proximité l’incita même à attraper une mèche entre ses doigts.

« Aussi doux que la brosse à chiotte que j'utilise jamais. »


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MessageSujet: Re: Burning cities and napalm skies (ft Aristide Henry)   Mer 4 Avr - 22:50



Burning cities and napalm skies
ft le Castor - 5 août 2000

 

Trop consciente de son corps maigre affalé à quelques centimètres du sien, sur un matelas immense mais pas assez pour l'ignorer - Shae éprouvait de la difficulté à se concentrer. Sa réponse laconique et dépourvue de verve lui arracha un haussement de sourcil, mais elle se sentait trop abattue pour relever à haute voix ce manque décevant de conviction. Elle le sentit tirer une latte et se lancer dans une contemplation sérieuse de son plafond tandis que les vertus du Champifleur s'emparaient de son esprit trop agité et la plaçait dans un état léthargique plus qu'agréable. Fermant les yeux, Shae s'étira à son tour, se demandant ce qu'elle était en train de foutre de sa vie. Brisée par la culpabilité, incapable de faire correctement un job qu'elle n'appréciait que lorsqu'il n'impliquait aucune interaction sociale, elle se laissait dériver au fil des journées sans voir ni progression ni changement. Chaque jour ressemblait au précédent et au suivant à la fois. Rien, à part les rêveries sur des boucles d'ébène et des yeux clairs ne la tiraient de cet état consternant. Ruth avait bien raison de s'inquiéter, songeait la blonde en comptant les secondes, son souffle s'apaisant.

Mais peut-être que tout cela n'avait aucune importance. Peut-être était-ce là son destin, de vaguer sur la vie, indolente, telle une mouette dont le but se serait noyé trop vite dans les étendues obscures et mystérieuses de l'océan. Empêtrée dans ses grands questionnements philosophiques induits par le Champifleur, elle faillit ne pas entendre la question d'Aristide qui l'y arrache pourtant bien violemment. Leur blind date de Poudlard ? Oh, oui. Elle s'en souvenait. Reprenant la pipe, elle se réinstalla plus confortablement, le regard perdu vers le plafond. Comment oublier ? Le baiser, le téton, l'esprit frappeur, et son regard mi-dégoûté, mi-admiratif à la fin, quand ils furent condamnés à des semaines de retenue. C'était inoubliable. Elle s'était rendue compte à cet instant qu'il n'était peut-être pas aussi idiot et répugnant qu'elle aurait aimé le croire. Et des années après, ces émois adolescents résonnaient encore en elle avec l'amertume du temps passé et de l'inavoué. Soudainement tirée de ses pensées par deux doigts dans ses cheveux, elle sursauta presque brutalement et resta bouche bée. Merde. Qu'est ce qu'il foutait ce con ?

Une soudaine tachycardie la mit à mal et elle tenta de retrouver un semblant de contenance, butant sur les derniers mots prononcés avec un brin de fiel, juste ce qu'il faut pour la pousser à rétorquer avec un sourire en coin. Leur relation avait toujours ressemblé à ça et ce dès Poudlard. Une pique par ci, une rétorque par là, et ils étaient lancés, parfois pendant des heures de prise de bec entre deux échanges de clopes tordues et de fin de tabac miteux.

- C'est toi qui parle, avec ta salade frisée grasse ?

Elle tendit la main comme pour ébouriffer les mèches bouclées d'Aristide en se redressant également sur un coude, s'arrêtant à quelques millimètres, comme gênée, finissant par laisser retomber sa main. Merde. Pourquoi donc avait-elle eu envie de le toucher ?

- Vaut mieux pas que je touche remarque. Qui sait quel genre de Doxys vit là dedans...

Elle ponctua sa pique d'un sourire narquois et se laissa retomber lourdement sur le matelas, refermant les yeux pour ne pas affronter son regard qui lui semblait trop perçant. Elle tira sur la pipe une nouvelle fois, et lui repassa. Son estomac se fit de nouveau entendre, et elle grimaça, se demandant pourquoi elle avait eu envie, aussi brièvement que possible, d'effleurer Aristide, comme si il avait fallu s'assurer qu'il était là. Elle qui se vautrait dans sa solitude et son mal-être se rendait brutalement compte qu'elle était affamée. De nourriture - certes, mais surtout de contact humain. Elle voulait tenir quelqu'un dans ses bras, elle voulait être tenue et sentir des mains calleuses dans ses bouc-... Non. Les mains calleuses qu'elle avait aimé ne la toucheraient plus et elle devait s'y faire, des mois après, à se sentir bafouée. Elle n'avait même plus de boucles à proprement parler. Se tirant fermement de ces pensées et se concentrant sur l'instant présent et surtout la personne présente à ses côtés, elle se redressa et étira sa silhouette maigrichonne avec un grognement sourd.

- 'Tain... J'ai la dalleeeeee...

Et évidemment, le Champifleur n'avait rien fait pour arranger cet état. Décidée à rompre l'atmosphère un peu trop intimiste pour son confort, Shae se redressa, se massa les tempes en grommelant, et risqua un regard vers un Aristide parti sur d'autres réalités.

- On va chercher à manger au moldu du coin ? A moins que tu n'aies développé un don pour la cuisine grâce à ton job au Chaudron ? Presque bon à marier...

Un rire jaune sortit tout seul, et elle lui adressa un regard railleur, passant une main dans ses cheveux et grimaçant en sentant la texture sèche et cassante sous ses doigts. Presque tristement, elle regarda sa main.

- Merde t'as raison... C'est pas agréable au toucher.

Redressant le menton, comme tentant de provoquer une présence invisible, elle ajouta.

- A l'image de toute ma personne.


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