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 « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson

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Moldu allié
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Moldu allié
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MessageSujet: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Dim 28 Mai - 23:44

On peut s'enivrer de son âme. Cette ivrognerie-là s'appelle l'héroïsme.




  • nomManson
  • prénomDwight
  • célébritéAndrew Lincoln (interprétant Rick Grimes, plus précisément à la saison 5 de The Walking Dead)
  • âge43 ans
  • métier... Mendiant ? Faiseur de poubelles ?
  • statut Moldu
  • groupeMoldus
  • don "Dans l'milieu, on dit qu'j'ai des mains d'or. Pac'que j'sais trouver les bons plans, si vous voyez c'que j'veux dire."
  • animal"J'ai p't'être un pou ou deux..."
  • baguette "Z'en avez une de pain, par hasard ? J'suis preneur."

Prologue


« Garde-à-vous ! »

Le dos du petit garçon se tend à son maximum tandis que sa main droite vient rejoindre sa tempe. Un air solennel saisit son visage poupin et il fixe son Général avec tout le sérieux d'un soldat revenant du combat. L'homme tente de retenir un sourire attendri alors qu'il se baisse pour être à la hauteur de son petit militaire.

« Sergent Manson, vous vous êtes illustré dans votre dévouement aux États-Unis d'Amérique. Et dans votre loyauté à votre pays et à ses idéaux, vous n'avez pas hésité à sacrifier votre santé physique. Cet acte héroïque, soldat, restera à jamais gravé dans les mémoires du peuple américain, qui vous doit la liberté pour laquelle vous vous battez. Votre bravoure dans la ligne du combat et votre sacrifice vous doivent aujourd'hui la médaille la plus honorable qui soit : Purple Heart. »

Le regard azuré du garçonnet s'illumine brusquement sous une émotion toute particulière. En cet instant, il est un héros. Il est un héros puissant et fort qui se bat pour la paix et puis pour la liberté et puis pour les États-Unis. Et ça, il en est très, très fier. Alors il se tient droit, plus droit encore, afin d'être à la hauteur du personnage qu'il se rêvait être.

L'expression de son père demeure faussement sérieuse tandis qu'il se penche sur son fils afin d'accrocher à son T-shirt un pins en forme de médaille, auquel est attaché un joli ruban violet. Il ne peut cependant s'empêcher de déposer un baiser débordant d'amour sur le front de ce petit bonhomme qui se voit déjà trop grand.

« Papaaaa, je suis un soldaaaaat ! Ça fait pas de bisous au général les soldats ! »
« D'accord, d'accord. Je m'excuse mon cœur. »
« Pas mon cœur ! Sergent Manson, Papa ! »

Un éclat de rire s'échappe des lèvres du général :

« Sergent Manson, alors... »




Part.1


« Tfffut, tfffut tffut tffut ! »

Penché par dessus la souche d'arbre qui trône au centre du jardin, un bout de bois dans les mains, le petit garçon manie son arme et ses bruitages avec tout le savoir d'un soldat. Car soldat il est. Et au cœur de la guerre, il s'illustre chaque seconde comme le héros qu'il devient. À ses côtés, son Caporal-chef lutte lui aussi pour gagner contre les méchants. Le combat n'est pas facile, mais ensemble ils sont plus fort. Parce qu'il faut défendre les pauvres et puis la liberté. Papa dit que quand on a des choses à défendre, on devient un gladiateur. Dwight, décide-t-il soudain, est plus puissant encore qu'un gladiateur.

« Caporal, il faut attaquer ! »

Suivant ses ordres, Papa se rue sur le terrain pour se rapprocher des cachettes de l'ennemi. Papa est doué, comme caporal, et le petit garçon a une totale confiance en sa réussite. Mais il doit faire bien attention à le soutenir. Alors, prenant son arme puissante entre ses mains, il tire pour le protéger. S'il se souvient bien, ça s'appelle couvrir. Dwight aime beaucoup couvrir ses amis.

Mais soudain une balle explose et le Caporal s'effondre sous les yeux horrifiés de l'enfant, qui tend la main vers son copain.

« PAP-CAPORAL MANSON ! »

Il ne répond pas. N'écoutant que son courage, le soldat Dwight enjambe son camion et se précipite vers le corps de son papa, brusquement effrayé. Et si les méchants lui avaient vraiment fait mal ? Que faire si son caporal était blessé ?

« Pa- Caporal, Caporal ! »

Il ne répond toujours pas. Ses paupières restent fermées, et l'inquiétude trouve son chemin jusqu'au cœur du petit garçon. Évidemment, ils jouent, hein ? Il n'a pas vraiment mal... hein ? Il n'y a même pas de méchants dans les buissons normalement...

« Caporal, réveillez-vous ! »

Rien. Les yeux de Dwight s'écarquillent sous la terreur et son cœur s'accélère. Ses petites mains posées sur les larges épaules, il secoue, secoue, secoue le corps de son Papa, désormais très anxieux.

« Papa, c'est pas drôle ! Papa ! »

Lorsqu'il tourne son regard paniqué vers le visage de son père, il rencontre deux iris bleutés et un grand sourire.

« J'étais inconscient, Sergent... », répond-il, la voix teintée d'amusement.

Dwight fait la moue. Il est certain que Papa lui a fait une mauvaise blague, maintenant, et il trouve ça très nul. Ce n'était même pas drôle. C'était même méchant, et c'est une œillade pleine de reproches qu'il adresse à l'adulte. Ce bébé. L'homme, lui, éclate de rire et ébouriffe les cheveux clairs de son fils.

« Oh allez Dwight, c'était pour rire ! Il fallait bien que je rende la scène crédible, non ? »
« C'était même pas cradible, c'était juste nul ! », rétorque le garçon, très mécontent.
« On dit crédible, mon cœur. »
« Hn. »

L'enfant détourne le regard, décidé à ne pas pardonner comme ça les bêtises de Papa. Lui, quand il fait des bêtises, il est toujours puni. Sinon ce n'est pas juste, et il déteste la pas-justice. Alors il fixe bien le cerisier du fond du jardin, longtemps, pour que son père comprenne à quel point il a été méchant. Le silence dure quelques instants. Soudain, deux grands bras l'attirent au sol.

« Attention Sergent, ils tirent de nouveau ! »

Choisir entre bouder et jouer ne prend qu'une seconde. Dwight éclate de rire et se tapit au sol, certain qu'aucun méchant ne pourra le toucher s'il reste comme ça. Il l'a vu à la télévision : les soldats le font tout le temps.

« Suivez-moi, Caporal ! »

Ensemble, les deux militaires rampent vers leur cachette. C'est long et puis c'est compliqué, mais le petit garçon y arrive le premier. C'est normal parce qu'il est le héros. Trépignant de fierté, il adresse un regard pétillant de bonheur à son père, qui ne peut s'empêcher d'ébouriffer de nouveau sa chevelure blonde. L'enfant ne prend même pas le temps de protester.

« Allez Caporal, à l'attaque ! »


♣♣♣

La chaleur est écrasante. Le soleil frappe l'aridité du sol désertique avec toute la puissance de ses rayons. Ils étouffent. La fumée a englouti toutes les surfaces, tous les êtres, a rendu aveugle chacune de ses victimes. Ils transpirent, horriblement. Foutue température. Comme s'ils avaient besoin de ça.

« Merde... »

Dwight est assis derrière de ce qui reste de son Humvee, éventré par l'explosion d'une bombe qui les attendait sur le bas-côté. Une embuscade. Une embuscade qui vient de coûter la vie au Caporal Hammer. Hammer, qui souriait tout le temps, Hammer qui s'était marié il y a tout juste quelques mois et dont la femme venait de lui annoncer sa grossesse. Soupirant, Dwight resserre sa prise sur son arme. Il n'a pas le temps de penser à ça. Hammer est mort, point barre. Un cadavre. Ses camarades, eux, sont encore bien en vie et il doit veiller à ce qu'ils le restent.

Changeant brusquement de position, il pointe de son fusil d'assaut les formes mouvantes qu'il croit deviner par delà la couche de sable qui stagne dans les airs. Pas le temps de réfléchir. Il mitraille les lignes ennemies ou ce qui semble l'être. Son regard ne s'attarde pas sur le corps qui gît au centre du chemin criblé de balles. Il n'a pas le temps. Tirer pour vivre. En venant en Irak, il pensait lutter pour son pays, pour détruire les mains démoniaques responsables des attentats du onze septembre. Il a vite déchanté. Pas d'organisation, pas de cibles précises, pas même d'objectif distinct, juste l'urgence et le danger, omniprésents. Comme la mort.

Le silence s'installe une seconde. Une seconde de pause. Dwight en profite pour lancer une œillade à ce camarade décédé qu'il n'aura jamais le temps de pleurer. Mais au cœur de ce décor apocalyptique, l'homme paraît bouger.  Il se tient là, au beau milieu du champ de bataille, les mains plaquées sur son crâne comme pour l'empêcher d'exploser, recroquevillé sous une douleur qui semble insupportable. Dwight n'en croit pas ses yeux. Le cadavre bouge. Et s'il en croit les mouvements spasmodiques de son dos, le salaud respire.

« Bordel de... RIGEL, COUVRE-MOI ! »

Il n'attend pas la réponse. Pas le temps. S'il a ne serait-ce qu'une seule infime putain de chance de sauver Hammer, il doit la prendre. Usant de sa main comme propulseur, Dwight franchit d'un bond la carcasse de son Humvee et se jette sur le corps presque inerte de son frère d'armes. La route est baignée de trop de sang à son goût. L'odeur de chaire brûlée envahit ses narines comme pour ne jamais les quitter, enivrante, écœurante. Il l'ignore. Pas le temps. Jamais le temps. Surtout pas là.

« Hammer, c'est maintenant qu'il faut t'accrocher ! »

Il hurle ces mots, pour lui-même plus que pour son camarade. Celui-ci n'entend plus rien depuis trop longtemps déjà. Lui, en revanche, a besoin de courage. La panique pulse dans ses veines plus intensément que l'adrénaline et il craint de faire des erreurs. Il craint de les tuer.

Une balle siffle à côté de sa tempe. Il se reprend.

Arrachant son compagnon au sol pour le hisser sur ses épaules, Dwight se précipite vers leur couverture. Le chaos règne sur la piste. Partout, l'écho d'un impact déchire le silence morbide du désert. Ils n'ont aucune chance de s'en sortir. Aucune. Il y a trop de projectiles, trop d'ennemis qui peuvent peut-être les voir à découvert. Ils sont du gibier, rien de plus. Pour la première fois, Dwight prie. Il prie un Dieu auquel il ne croit même pas, mais il prie, prie aussi fort que lui permet sa concentration pour juste, juste vivre. Mais les prières ne sont pas des gestes, et il n'a pas le temps de se reposer. Pas plus qu'il n'a le temps d'avoir foi en ce qu'il fait. Alors il court, plus vite, en dépit des cris de son dos malmené, en dépit de la peur qui pulse dans ses veines et du poids mort de son ami contre lui. Plus vite. Plus vite. Plus vite.

Lorsqu'il parvient enfin au Humvee, il dérape et s'échoue lamentablement sur le sol sableux du désert. À bout de souffle. Crevé par l'effort. Il pose une main sur le sol et se redresse sans sourciller, déposant son compagnon à ses côtés avec une douceur qu'il ne se connaît pas. Il endure, encore. C'est ce pourquoi on l'a entraîné. C'est ce pourquoi il est ici. Il ne réfléchit pas, n'a pas le temps de réfléchir de toute manière. Ce n'est pas ce qu'on lui demande. Agir. Agir sans se poser de question, agir pour vivre et faire vivre les idéaux d'un pays qu'il aime. On n'a pas le temps pour les questions quand on fait la guerre. Les questions, c'est le luxe de la paix.

Se redressant tant bien que mal, il claque la joue de son camarade blessé :

- Hammer. Hammer réponds-moi. Tu m'regardes. Voilà. Regarde-moi j'te dis.
- J-j'ai mal...
- Bienvenue dans le monde des vivants. Ça fait souvent cet effet.

Un éclat de rire se transforme en toux, et le jeune homme ferme péniblement ses paupières. Il n'en peut plus et ça se voit. Douleur, fatigue et peur ont détruit la résistance du soldat pour le laisser nu au cœur d'un conflit plus gros que lui. Dwight adresse un regard perdu aux alentours, déconnecté  de la destruction teintée de sang qu'on leur inflige. Il ne voit plus les explosions, n'entend plus le bruit assourdissant de l'artillerie lourde s'abattant sur les forces ennemies, ne reconnaît même plus les visages paniqués de ses compagnons. Le chaos semble soudain absolu et inébranlable, pareil à un gigantesque massif rocheux qu'ils tenteraient bêtement de rompre avec leurs ongles. Brusquement, il se sent profondément seul.

« Bon allez Hammer, on s'y met ! Hein ? Et puis t'as pas intérêt à crever dans mes bras alors que je me suis cassé le cul à te ramener là. »

♣♣♣

Papa est allongé dans le lit parce qu'il a de la fièvre. Dwight se sentait triste, tout à l'heure, parce qu'il voulait jouer au soldat avec lui mais qu'il dormait encore. Les adultes malades, ce n'est pas drôle. En tout cas pas Papa. Heureusement que Maman est là. Maman lui a dit qu'être un bon militaire, c'est aussi s'occuper des blessés après le combat, et qu'elle a des missions pour lui. Maman, c'est le Général à la maison, parce que tout le monde finit toujours par lui obéir. Même Papa. C'est donc avec un grand sourire aux lèvres que l'enfant parvient à la chambre des grands, un large plateau de nourriture dans les bras. L'expression de son visage se fige alors en une moue concentrée. Avec ses super muscles, il doit désormais tenir le goûter de Papa et ouvrir la porte. En même temps. C'est si compliqué, Maman a dit, que seul un héros peut s'en charger. Heureusement qu'ils ont le soldat Dwight !

Redressant son dos comme pour faire un garde-à-vous, l'enfant pince sa langue entre ses lèvres et glisse péniblement sa main au centre du plateau. Une fois cette étape passée sans catastrophe, il tend doucement ses doigts vers la poignée. Ce n'est pas simple, pas simple du tout.  Quelques secondes plus tard, heureusement, la porte s'ouvre.

« Papaaaaa, je t'amène le goûter ! Maman a dit que tu serais content ! »

De son père, il ne voit qu'une bosse sous la couette. Il cligne des yeux et s'approche du lit, curieux. Normalement, les adultes ça ne dort pas comme ça.

« Bah... Papa ? »

Un grognement sort de la grosse boule sous les draps, et Dwight éclate de rire. Son père, c'est un rigolo des fois. Surtout quand il est malade. Maman dit que les garçons deviennent des bébés quand ils sont patraques, mais que pour lui c'est différent. Parce que lui, c'est un héros. Mais comme Papa n'est pas un héros, il fait l'enfant.

« Papa, il faut te lever, j'ai préparé à manger ! »

Laissant son plateau par terre, il pose doucement ses petites mains sur ce qu'il croit être l'épaule de son père et secoue. D'abord il n'y va pas très fort, mais comme rien ne se passe, il est obligé d'insister. S'il ne le fait pas, le café va refroidir, et apparemment ce n'est pas très bon.

« Papaaaaaaa ! Papa, Papa, Papa, Papa, Papa, Papa, Papa, Papa... »
« Ouiiiiiii.... »

Lorsque l'adulte se redresse, Dwight se rend soudain compte qu'il fait plutôt bouger son crâne que ses épaules. Une légère rougeur s'empare de ses joues et il tente de cacher sa bêtise en se baissant pour récupérer, péniblement, son super plateau. Son père, pour sa part, se contente de lui envoyer un long regard blasé. Il fait craquer ses cervicales endolories, quitte à voir une grimace voler les traits de son fils, avant de regarder ce que celui-ci a à lui offrir.

- Au menu du Caporal : un café, des tartines, du beurre et puis du miel ! Tu sais Papa, le miel c'est le remède des soldats !
- Ouaaah, c'est super mon cœur. Merci beaucoup.
- C'est Sergent, Pap- Caporal !
- Merci beaucoup, sergent...

♣♣♣

« T'as de la chance que je t'apprécie, Hammer. », marmonne Dwight en lançant quelques barres chocolatées sur le lit de son Caporal.

Ces derniers temps, il s'est découvert une nouvelle spécialité : râler. Sarcasmes, ton bourru et insultes sont de formidables barrières contre le monde et ses décadences, et il a appris, pense-t-il, à les manier aussi bien qu'un fusil d'assaut. Défendre son esprit pour mieux protéger son corps. Une armure de mots lorsque les maux se font indestructibles.

« T'es jamais content de toute manière, Manson...
- Tu m'as fait traverser une infirmerie, alors montre-toi plus reconnaissant ! T'as pas envie que je bouffe tous tes Mars devant ton nez, Caporal.
- Eh, c'est grâce à mon cul que tu vas avoir ta Silver Star, donc boucle-la et file moi mon snack. Je peux pas le choper là où tu me l'as foutu. »

Riant aux éclats, les hommes échangent un regard complice avant que Dwight ne se décide à porter la barre chocolatée à son ami et collègue. Ce dernier, encore trop endolori et fatigué pour se pencher sur son lit, affiche un sourire fatigué avant d'ouvrir la bouche.

« C'est là que ta femme te manque, hein ?
- Ta gueule, Manson. »

Derrière son attitude brutale, le soldat est mu par toute la douceur qu'il peut rassembler. Hammer souffre, terriblement, et il le sait. Son corps est couvert de violentes brûlures qui mordent sa chaire et torturent ses nuits. Ses membres sont enveloppés d'épais bandages qui laissent à Dwight tout le loisir d'imaginer l'étendue des dégâts. À cette idée, il ne peut retenir un frisson d'embrasser son échine.

« Hmm... Je tuerais pour en manger tous les jours, sérieux...
- Tu vas finir avec du gras sur le bide, Hammer. Déjà que t'es salement amoché, à ta place j'essaierais d'assurer un minimum pour le retour auprès de ma dulcinée.

- Rabat-joie.
- Je prends soin d'toi, c'est tout. »

Le Caporal hausse les yeux vers le ciel, un sourire amusé aux lèvres. Dwight prend place à côté de lui et arrache un bout de Snickers du bout des dents. Alors qu'il mâchonne, Hammer reprend, d'une voix faible qui trahit un endormissement progressif :

« En vrai, Dwight, merci.
- La ferme et dors, Hammer. »


♣♣♣

« Vous avez une nouvelle mission, soldat ! »

La voix de Maman est teintée d'amusement lorsqu'elle se penche sur lui, un gentil sourire aux lèvres. Maman pense toujours à lui pour faire des choses importantes. Dwight décide, à cet instant, qu'il aime vraiment fort son Général. Il lui envoie un regard pétillant d'excitation, trépignant déjà d'impatience. Quelle guerre veut-elle faire ? Contre les méchants nazis ? Contre les méchants russes ? Oh, il a hâte !

« Ah ouiiii ?
- Une mission de la plus haute importance, Sergent. »

Ça, il le sait déjà. Les généraux donnent toujours des ordres très très graves. C'est pour ça que Maman lui dit ça à lui. Parce qu'il est un héros et que les héros sont les seuls à pouvoir réussir. Dwight est très fier qu'on lui ait demandé, et il fait un garde-à-vous pour montrer qu'il prend ça très au sérieux. La guerre, il le sait, ce n'est pas pour les rigolos. C'est pour ça que Papa a été rétrogradé pour trois jours. Apparemment il a fait une grosse grosse bêtise. Dwight, lui, n'en fait jamais. Sa mission, il la mérite !

« D'accord, Ma-mon Général !
- Vous êtes amené à être déployé dans un vrai champ de bataille. Prêt ? »

Les vrais champs de bataille, c'est très excitant, mais aussi très sérieux. Il faut bien tout comprendre, c'est ce que ça veut dire. Dwight papillonne doucement des paupières et murmure, pour que ça ne compte pas dans le jeu :

« Maman, ça veut dire quoi être déployé ?
- C'est quand un soldat est envoyé à la guerre, mon cœur.
- Aaaah ! Oui, je suis prêt ! »

Le Général éclate de rire et ébouriffe ses boucles blondes, un air attendri au visage. Son Sergent lui renvoie un grand sourire heureux, impatient d'entendre son obj... object... son but ! Alors Maman se penche un peu plus sur lui et, enfin, lui annonce son combat.

« Votre mission, soldat, est de ranger votre chambre.
- Mais Mamaaaaan ! »

♣♣♣

« Alors, tu pars quand ? »

Un air de rock se répand dans le bar et donne à chaque geste un petit quelque chose de rebelle et de jovial, une sorte de fougue typiquement américaine qui fait trépigner son cœur. Il doit bien se l'admettre : cette ambiance va lui manquer. Pourtant, alors qu'il apporte la fraîcheur de sa bière à ses lèvres, c'est un regard azuré pétillant d'impatience qu'il adresse à Hammer.

« Le mois prochain.
- On part en même temps, donc. Cool.
- Ouais... Mes parents ne comprendraient pas mais en vrai, j'ai hâte. »

L'homme éclate de rire et lui lève son verre de whisky, avec lequel il trinque sans attendre. Se penchant sur Dwight d'un air mutin, il rétorque :

« Tu crois que ma femme le prend bien ? Elle a failli pleurer quand je lui ai lu la lettre ! Et je te parle même pas de l'engueulade que j'ai essuyé quand elle a remarqué que ça me faisait plaisir de me barrer... »

Contrairement à son ami, cela fait plus d'un an que le caporal est rentré chez lui. Et si d'aucuns auraient pu penser que ces vacances imprévues l'auraient soulagé, Dwight a pleine conscience du calvaire qu'endure son compagnon de beuverie. Pour des hommes comme eux, des hommes de terrain, le train-train quotidien d'une base militaire devenait vite d'un ennui quasi mortel.

« Je compatis, va...
- Boh, elle s'inquiète, c'est normal.
- Vue ta chance, à sa place je m'inquiéterais aussi !
- Je t'emmerde, Manson ! »

Leurs rires s'emmêlent tandis que Hammer donne un faux coup de poing sur l'épaule de son camarade, qu'il fusille faussement du regard. L'instant brille dans les cœurs et s'inscrit dans les mémoires, s'étendant à quelques minutes étincelantes d'amitié. Lorsque finalement il s'estompe, les deux hommes ont besoin d'un moment de silence avant de reprendre.

« Afghanistan, hein ?
- En espérant que ça te portera plus chance que l'Irak, hein ?
- Ta gueule ! C'est pas parce que t'as été promu que tu as le droit de me faire chier, Sergent.
- T'es juste jaloux, c'est tout. Sauf que c'est pas d'ma faute si tout le monde n'a pas la chance de rentrer à la maison sur une civière.
- Connard. »

Dwight hausse les épaules en riant avant d'avaler une nouvelle gorgée de sa bière. L'humour, pour mieux contourner le sujet. Pour éviter, surtout, que son visage ne se teinte de la fierté naïve du gamin de huit ans qu'il a été. Sergent. Ce titre, ce grade, comme une promesse. Sergent, c'est le drapeau au sommet de l'Everest. Il n'en demande pas plus ; il a déjà atteint tous ses rêves de gosse. À cette pensée, son cœur enfle de bonheur et pulse son euphorie dans chacun de ses membres.

« T'as un sourire con au visage, Manson. »

Pour se venger de cet affront, Dwight fait mine de pousser son ami hors de sa chaise. L'homme éclate de rire, visiblement très amusé, et se raccroche aisément au bar avant de croiser les jambes. Il lui adresse ensuite un regard plus sérieux :

« En vrai, tu t'y fais ?
- Au grade ? Ouais, je crois. Mais comme je suis jamais allé en Afghanistan, je t'avoue que je ne sais pas trop comment ça va se passer.
- T'es un bon soldat Manson. Et t'es passionné. C'est tout ce qu'on demande. Et puis c'est pas comme si on allait être dépaysés, hein. Afghanistan, Irak, c'est le même coin et sans doute les mêmes températures !
- M'en parle pas...
- Si si... Je me demande si on sera aussi bien accueillis. »

La blague amuse beaucoup les deux compagnons, qui trinquent à nouveau avant de se commander un autre verre. Après cela, un silence confortable s'installe. Hammer sirote son cocktail, Dwight savoure sa nouvelle bière. Petit à petit, derrière leur plaisir commun s'installe une réalité plus dure, plus sanglante aussi. La guerre reprend.

« Au moins, avec un peu de chance cette fois on ne nous dira pas qu'on ne se bat que pour du pétrole... »

♣♣♣

« Attention, Papa !Caporal ! ! BOUUUUM ! »

Les rires éclatent en même temps que la bombe, résonnant dans le salon comme autant d'impacts. Les coussins s'envolent tandis que le Caporal s'échappe, un grand sourire aux lèvres. Dwight trépigne, applaudit, sautille même depuis le bar de la cuisine derrière lequel il s'est caché. Leur mission est accomplie : ils viennent de sauver le monde. Ensemble. Parce que son Papa et lui sont des héros. Parce qu'un jour lui aussi apparaîtra dans les magazines, comme Captain America. À cette idée, le petit garçon rosit de plaisir, et c'est un grand regard animé qu'il dirige vers son père lorsque celui-ci approche.

« On a réussi, mon cœur !
- Mais noooon, Papa ! Sergent !
- Et moi, je suis quoi... ?
- Caporal ! »


♣♣♣
« J'avais dit quoi, déjà, que ce serait comme l'Irak ?
- T'avais aussi dit que tout irait bien à ta femme en allant au front la dernière fois. T'es pas ce qu'on peut appeler fiable, entre nous... »

Leurs éclats de rire se mêlent en un seul tandis que leurs regards se perdent sur l'étendue colorée du champ de fleurs. Les pétales rosés, caressés par les rayons ocres du soleil mourant, offrent à leurs silencieux spectateurs une vue aussi déroutante qu'enchanteresse. Les maisons de terre cuite se devinent à quelques centaines de mètres autour d'eux, remparts d'une paix si profonde qu'elle leur semble factice. Au milieu de cette tendre plaine, les hommes en treillis sont comme anachroniques.

« Ils auraient dû nous prévenir qu'on partait au club Med, j'aurais amené ma femme.
- Ta gueule, Hammer, tu vas nous porter malheur.
- Entre nous Sergent, je me fais chier. »

Dwight lève les yeux au ciel, mais ne trouve pas la force de répondre. Lui aussi trouve leur séjour calme, presque trop à son goût. Après quelques mois de présence, les soldats ont tout juste eu à affronter une dizaine de tirs, et leur quotidien se résume principalement aux patrouilles qu'ils effectuent ainsi qu'à l'établissement de puits dans les villages qu'ils croisent. Les missions sont honorables, mais elles n'en demeurent pas moins tranquilles. Pas vraiment ce à quoi il s'attendait en partant traquer les Talibans. Ses hommes non plus.

« Plutôt que de te plaindre, concentre-toi. On n'est pas dans une situation de routine. Ils peuvent en profiter, si tu prends ça de cette manière.
- Oui, Sergent.
- Et puis ce soir on a le droit à la bouffe de Deeyah, accroche-toi à ça. »

La seule idée de son repas fait pétiller la langue de Dwight d'un délice tout juste imaginé. Ce n'est pas pour rien que la cuisine de Deeyah est presque devenue un mythe au sein de la base, et le sergent rêve de goûter encore à l'un de ses plats gorgé de saveurs. Le souvenir de ce premier échange autour d'une Boolanie, et le goût exquis du poireau mêlé d'épices qui avait éveillé tous ses sens au cœur d'une friture à peine présente, la tendresse du yaourt qui caressait sa langue pour mieux souligner la texture de chaque ingrédient, le thé chaud et désaltérant dévalant sa gorge, chaque détail est comme gravé à jamais dans son esprit. En arrivant, Dwight pensait avoir affaire à un gigantesque désert peuplé d'individus extrémistes ou ignorants, à une chaleur insupportable et à des regards méprisants. Depuis, petit à petit, l'Afghanistan s'est fait une place en son cœur et semble vouloir s'y lover à jamais. Les splendides paysages, l'accueil délicieux des villageois et la profonde simplicité avec laquelle ils vivent, tous ces endroits que le temps semble n'avoir jamais qu'effleuré, comme immémoriaux, comme éternels... Il se l'est promis à plusieurs reprises, il se le jure désormais : un jour, quand tout ira mieux, il reviendra ici en touriste. Sans arme, sans mission, juste pour profiter de la grandeur de ces lieux oubliés du monde.

♣♣♣

« Allez mes petits soldats ! Pour une fois, le Général a fait la cuisine !
- Ouiiiiiiiiiiiiii !
- Merci chérie... »

Maman a les yeux qui pétillent, et ça rend Dwight joyeux. Il aime beaucoup son sourire, et puis quand ses pommettes font des petits plis au bord de ses lèvres. Le Général, c'est la plus forte, mais c'est aussi la plus belle, et un jour il l'épousera. De toute façon, Papa ne fait pas le poids, même s'il cuisine souvent et que c'est plutôt bon.

« Ce soir, c'est tagliatelles à la carbonara... Votre mission, c'est de ne pas vous gaver ! Il y en a pour plusieurs repas, alors pas besoin de rations ! »

Lorsqu'elle termine sa phrase, le petit garçon est déjà assis, tout droit sur sa chaise, et c'est d'un grand regard affamé qu'il la fixe. Son père, quant à lui, prend soin d'embrasser ses lèvres avant d'aller s'installer. Et s'ils sont doués sur le champ de bataille improvisé au salon pour l'hiver, les deux garnements se font une spécialité de ravager les plats du Général.

« Doucement, d'accord ? On attend que tout le monde soit servi avant de manger.
- Chef, oui chef !
- Bien, Madame... »

Le ton moqueur de Papa lui vaut une gentille tape sur l'épaule, mais Dwight reste sage. Peut-être que s'il le reste assez longtemps, il aura le droit à une deuxième part. C'est très important, au final. Pour être un bon soldat, il faut avoir l'estomac bien rempli !


♣♣♣

Le visage de Salam, le traducteur, transpire une hilarité tout juste contenue. Ses yeux noirs sont étoilés d'amusement tandis qu'il fixe le carnage, son sourire à peine pincé pour retenir un éclat de rire. Par politesse, et sans doute par crainte aussi, il paraît refuser l'opportunité d'une bonne moquerie. Une résolution que n'ont pas pris tous les soldats.

« Je vois que vous êtes plus à l'aise avec un pistolet qu'avec une assiette, Caporal ! »

Hammer, ses doigts couverts de sauce encore écartés, figés dans leur tentative désespérée d'éviter la chute de nourriture, fixe son pantalon ruiné par le contenu d'une raviole. Son visage boudeur se ferme aux blagues de ses compagnons d'arme et il profite de son grade pour les fusiller du regard.

« Vous allez tous être de corvée de chiottes, vous allez voir ! »

Les éclats de rire s'élèvent dans la modeste salle où ils se tiennent, assis ensemble au cœur du village. Dwight laisse son regard planer sur la petite équipe à la tête de laquelle il se tient. Il est fier de chacun d'entre eux, du moindre sourire qui brille sur leurs visages juvéniles et de tout ce qu'ils accomplissent ensemble pour l'avenir de ce beau pays. L'expression qui habille ses traits se fait plus douce tandis qu'il boit son thé, adressant un signe de tête à leurs hôtes.

« Tiens Dwight, t'as pas ta guitare ? Vous vous comprenez pas, mais ça pourrait être un bon moment tu crois pas ?
- On n'est pas dans un film, Hammer. Sur moi, j'ai un flingue, pas un instrument. Je me vois mal me défendre conte les Talibans avec la musique. »

Il entend le traducteur échanger quelques mots avec Deeyah et son mari, dans ce langage si beau qui ne lui dit rien, et se tourne vers son compagnon.

« Concentre-toi plutôt sur ton pantalon, to-
- Ils disent qu'ils aimeraient entendre de la guitare. »

L'éclat qui fait luire le regard de Salam trahit son désir de participer à l'expérience, et un léger sourire confiant gracie ses lèvres tandis que les mots lui échappent. Dwight se retourne, surpris, pris de court, et adresse une œillade au couple. Tous deux semblent heureux, avec ces yeux clairs venus d'un autre monde, et cet air paisible qui leur donne une aura de sagesse. L'espace d'un instant, il s'autorise à leur rendre la pareille, hochant la tête. Une promesse, comme un serment. Un jour, pour eux, il jouera.


♣♣♣


Papa s'est fait attraper par les méchants. Encore. Des fois, Dwight trouve que son Caporal n'est pas assez entraîné, et il se jure d'améliorer ça. À la guerre, ça peut vite être très dangereux, et le petit garçon refuse catégoriquement de perdre son meilleur soldat. Un peu parce qu'il l'aime, et aussi parce qu'il est très important pour son pays.

« J'ARRIVE, CAPORAL ! »

Courant vers son père, le garçonnet brave les balles ennemies pour aller secourir son copain. Captain America dit toujours qu'il n'abandonne personne, et lui non plus. Personne ne doit mourir chez les gentils ! Heureusement, il est un héros, et les héros ont des super-pouvoirs. Lui, il court très vite, et il arrive jusqu'à son caporal en un clin d’œil ! Les russes n'ont même pas le temps de le voir !

« Vite, Caporal, je vous emmène loin d'ici ! »

De son air tout sérieux, il traîne Papa sur le sol du salon, sans aide en plus, pour aller le cacher derrière le canapé. Là, tout ira bien. Il le sait. De toute façon Dwight le sauve et le sauvera toujours ! La fidélité, à l'armée, c'est très important. Comme l'entraînement.

« Tu es trop lourd, Caporal, annonce-t-il avec une moue de reproche. Il va falloir te remettre au parcours du combattant ! »

Un éclat de rire essoufflé retentit depuis le sol où est allongé son père. Celui-ci, un peu rouge, lui adresse un sourire avec un air fatigué.

« D'accord, Sergent... à vos ordres... »

Papa est vieux. Ça se voit. Dwight décide donc d'être gentil avec lui et de faire un bisou magique sur sa joue. Maman dit que c'est très efficace.

Maman a toujours raison.


♣♣♣

« Je t'y emmènerai si tu veux, c'est une tuerie ce resto. Leurs burgers... Putain, Manson, leurs burgers !
- J'ai compris, c'est un truc qu'il faut avoir mangé une fois dans sa vie. C'est quoi le nom déjà ?
- Charlie's. Juste Charlie's. Tu vas voir c'est une tue-
- Rie. Une tuerie. J'ai compris Hammer. Concentre-toi. »

Le jeune homme fixe son regard sur lui et esquisse une moue chargée de mécontentement. Indigné, il tourne ensuite la tête et scrute les alentours avec une attention nouvelle, marmonnant qu'il est parfaitement concentré, qu'il sait faire deux choses à la fois et que c'est même pour cette raison qu'il a été gradé avant lui. Un sourire amusé bourgeonne sur les traits de Dwight.

« C'est moche, la jalousie.
- Je ne suis pas jaloux, juste objectif, Sergent.
- Que je t'attrapes encore une fois à prononcer mon grade comme ça, et je te mets de corvée toilette pendant une semaine.
- C'est moche, les menaces, Serg- »

La détonation hurle l'inévitable. Lorsqu'il se rend compte du danger, il est trop tard. Le coup de feu. Celui qu'on ne voit pas venir, qu'on n'imagine même pas et qui pourtant vise trop juste. Celui qui vient mordre la chaire. Celui qui percute, qui frappe et meurtrit en un éclair. La violence du choc plie sa jambe, propulse son genou vers l'avant. La force de la collision lui fait perdre l'équilibre. Il tombe. Et Dwight sait, sait avant même que la douleur ne perce les remparts de l'adrénaline, sait qu'il est touché et que la situation dans laquelle il se trouve suinte de sang.

L'impact se répercute dans tout son corps. En cet instant, il sent tout, jusqu'à la plus fébrile secousse agitant son orteil, jusqu'à la caresse du vent contre son oreille. Il sent tout car dans le sillage de ses perceptions naît la plus mortelle d'entre toutes, la plus cruelle, la plus violente. Souffrance est venue le couronner d'épines et c'est son genou qu'elle étreint de ses bras glacés. L'articulation s'embrase, devient ardente et se consume sous les effets ravageurs de la balle qui l'a percutée. Malgré tous ses efforts, Dwight laisse échapper une sourde plainte agonisante.

« Manson !! »


Son visage semble s'être imprégné à jamais d'une grimace de souffrance. Il ne remarque même pas Hammer lorsque celui-ci se précipite vers lui pour le retourner, trop occupé à respirer. Inspirer, expirer, entre ses dents crispées de douleur, inspirer encore, pour maîtriser cette peine qui voulait l'engloutir. Ses épaules sont soulevées, et il ne comprend ni comment ni pourquoi, entend juste la voix paniquée du Caporal résonner dans le transmetteur.

« SOLDAT A TERRE ! JE REPETE : SOLDAT A TERRE ! DEMANDE DE RENFORTS IMMEDIATS ! »

Dwight cligne des yeux, désorienté, perdu dans un océan de tourments qui se teinte de rouge à mesure que son sang se draine. Quelques secondes plus tard, on pose son dos contre quelque chose de dur. Un mur. Son regard se lève lentement vers Hammer. Le visage, hanté par l'angoisse, est familier, rassurant dans ce monde dont il ne reconnaît brusquement plus rien.

« H-Hammer ?
- Tiens bon Dwight, OK ? On va te sortir de là. Je sais pas ce qu'il s'passe, mais on va s'en sortir. On s'en sort toujours, pas vrai ?
- Ouais...
- Bien. C'est bien. Je vais faire un bandage sur ton genou pour stopper l'hémorragie. Tu comprends ? Ça va faire mal. »

Sans vraiment saisir, il hoche la tête. Ses yeux se détournent. Il observe les alentours, à la recherche de son équipe, de ses hommes. Il peine à les trouver. Rigel est plaqué derrière un mur, en face, arme à la main, prêt à en découdre. Hope s'est mis à couvert dans une maison. Il le devine par delà une fenêtre. Les autres... L'angoisse noue sa poitrine.

« Où sont les au- »

Le bandage se ressert autour de son genou et Dwight comprend soudain ce qu'il entendait par son avertissement. La douleur fait irruption dans ses sens, furieuse, meurtrière, arrachant toutes ses barrières, brisant sa volonté. Un hurlement se coince dans sa gorge tandis qu'il mord son bras, un sanglot dénué de larmes secouant ses épaules. Il n'entend pas les excuses murmurées de son ami. Sa vision se floute dangereusement. Son souffle est erratique. Il ferme les yeux.

La gifle l'arrache à la paix de l'inconscience.

« Je te jure que si tu t'évanouis là, Manson, tu vas me le payer, Sergent ou pas.
- Ta gueule... »

Hammer se redresse et prend son arme avant de se poster juste à côté de lui. Dwight sait d'avance ce qu'il va faire. Se pencher hors de la zone de sécurité, faire feu, se remettre à couvert. L'exercice est habituel, et le caporal est l'un des meilleurs tireurs de l'équipe. Si quelqu'un peut le faire, c'est lui. Détendu, le sergent laisse son regard descendre vers sa jambe. Le bandage semble tenir en laisse les dangers de sa blessure, et le soldat fait son maximum pour ne pas songer aux conséquences de celle-ci. Le genou. De tous les endroits où il aurait pu être blessé, il a fallu que ce soit là, dans cette zone truffée d'os, de ligaments et d'articulations irréparables. Sa gorge se serre, et il détourne les yeux vers les plaines alentours.

La déflagration ne le surprend pas plus que l'écho qu'elle trouve dans le camp adverse. Une légère couche d'humidité caresse son visage, pareille à une délicate bruine, formant de petites perles liquide qui dévalent sa peau. Dwight ne comprend pas. La sensation est étrange, dérangeante. Sa main vient à la rencontre de ses joues. Pour les essuyer. Lorsqu'il l'enlève, elle est... Elle est...

« HAMMER !!! »

Elle est rouge.
La douleur s'oublie dans l'adrénaline. La blessure s'estompe au profit de l'horreur. Le regard, hagard, désespéré, cherche à hauteur d'homme celui qui est déjà terrassé. Hammer est étendu au sol. Sa main est plaquée contre sa gorge. Pourtant le sang coule, coule et macule des doigts qui perdent déjà leur force. Les gouttes lèchent la peau devenue trop pâle pour tomber sur le sol. Le temps s'arrête. Le cœur de Dwight se broie.

Ploc.

Son esprit est tristement clair lorsqu'il se redresse, posant son poids sur sa jambe valide pour se jeter sur son ami. Son ami. Il le retourne, doucement, terriblement doucement, d'une poigne tremblante qui trahit son effroi. Sa respiration soulève ses côtes, trop rapidement, comme pour compenser l'air qui manque au caporal.

« H-Hammer, Hammer, reste calme, tout va bien, tout va bien, d'accord ? Ça va aller, ça va aller... »

Ça va aller. Ça doit aller, pas vrai ? Il peut l'aider. Il peut le sauver. Ils vont s'en sortir. La médecine fait des miracles de nos jours. Il suffit de tenir jusqu'à l'arrivée des renforts. Les renforts arriveront vite. Ils doivent arriver vite. Tout ira bien.

Ploc.

Il pose sa main sur celle de Hammer, et appuie. Ignore le cri de douleur muet qui déchire les lèvres de son compagnon, ignore l'ignoble sensation de moiteur qui envahit ses sens, ignore l'épouvante qui dévore son cœur et qui souffle, perfidement, qu'on ne survit pas à ces blessures-là.

« Allez Hammer, regarde-moi OK ? Je t'interdis de mourir pendant que t'es sous mes ordres. C'était quoi déjà le nom de tes burgers à la con ? Je l'ai oublié. »

Il n'a pas oublié. Le nom semble bizarrement inscrit au fer rouge dans sa mémoire, comme un héritage qu'il refuse d'accepter. Mais il a besoin de le faire réagir, de le faire réfléchir, a besoin qu'il s'active pour se maintenir en vie.

Ploc.

Hammer s'agite dans ses bras, et il n'y peut rien. Il tente de l'apaiser, refuse d'accepter la faiblesse du geste qui semble pourtant coûter tant à son ami. Il lui demande ce qu'il veut, désespérément, demande s'il a froid, s'il a besoin de quelque chose, lui assure qu'il peut lui trouver ça, oubliant qu'il est au beau milieu de nulle part, lui promet de trouver, de trouver n'importe quoi tant qu'il attend juste un peu, juste un tout petit peu...

Leurs regards se croisent. Ce qu'il lit dans les iris clairs de son ami le terrorise. Hammer est terrifié. Hammer voit la mort arriver. Dwight refuse. Alors il appuie plus fort, comme si cela pouvait suffire à retenir tout ce sang à l'intérieur, supplie le caporal de tenir bon, lui ordonne de se battre.

« J'te jure que si tu crèves je te retrouve pour faire cramer ton cul, Hammer. »

Les mots n'ont pas de sens. Ils n'en ont plus. Le regard de son ami se vide, lentement, de l'éclat de malice qui l'anime depuis toujours.

Ploc.

Hammer n'est pas mort. Il faut le maintenir en vie. La ligne est si ténue, si fine qu'il la sent à peine, mais il doit tenir bon. Tant pis s'il appuie sur son genou, tant pis si la douleur lui fait tourner la tête. Il faut qu'il vive. Il peut le faire.

« Allez Hammer, ils arrivent. Tu sais qu'ils arrivent. Encore cinq minutes. Tu peux faire ça pour moi ? Tu tiens juste cinq minutes. On va te recoudre, et ta femme pourra te gifler parce que t'as encore fait le con sur le terrain. »

Sa voix sonne creux. Il l'ignore. Tenir. Tenir, tenir, tenir, tenir... Les Talibans ne descendront pas de la colline derrière laquelle ils se sont postés, et il le sait. Ce travail est l’œuvre d'un sniper, pas d'un pauvre paysan corrompu. Un putain de sniper et rien d'autre.

« Allez Hammer, il va falloir aller botter son cul au type qui t'a fait ça OK ? »

Leurs regards ne se quittent plus. Les grands yeux vides, figés dans la peur, creusent des trous béants dans son âme. Dwight cherche, désespérément, cette lueur de vie qu'il ne trouve plus. Ça ne sert à rien, lui souffle une voix. Tu cherches à attraper de la fumée avec tes doigts... Il l'ignore. Ignore les tremblements dans sa propre voix, ignore le sang qui ne coule plus, ignore les battements de son propre cœur qui résonnent dans sa tête.

Il passe dix minutes là. À rassurer Hammer, à tenir sa gorge de toutes ses forces, à appeler les renforts à s'en briser la voix, à tenir encore et encore cette jugulaire brisée, à s'accrocher à la vie de son ami comme à une bouée de sauvetage. Il passe dix minutes à espérer l'arrivée des secours. Et quand ils viennent, enfin, enfin, il se sent en paix. Hammer va s'en sortir.

Hammer va s'en sortir, putain.

« Sergent, vous pouvez le lâcher. »

Il adresse un regard perdu à l'homme qui se penche sur lui, l'air désolé. Pourquoi a-t-il l'air désolé ?

« Sergent, il est trop tard. Le Caporal Hammer est mort. Je suis navré. Vous pouvez lâcher. »

Non.
Non, non, non, non.

« N-non...
- Sergent, allons, s'il vous plaît, vous êtes bless-
- TA GUEULE ET SOIGNE-LE ! Soigne-le. Démerde-toi. Soigne-le.
- Sergent, calmez-vous, je-
- Soigne-le. C'est tout c'que je te demande. Soigne-le. »

Sa vision se floute. Il s'en fout. Hammer n'est pas mort. Hammer ne peut pas être mort. Pas après avoir tenu aussi longtemps, ce serait trop con, ce serait...

« Merde ! Civière ! J'ai peur qu'il ne... Sergent ! Sergent regardez-moi ! Est-ce que vous avez froid ? »

Hammer est forcément en vie.

« Faîtes-lui lâcher le corps. »

Ce n'est pas un corps. C'est son ami. Et... Et il est...

« Dépêchez-vous ! Oh merde... AMENEZ LA CIVIERE ! ETAT DE CHOC ! »

La dernière chose qu'il sent sont les doigts encore chaud de Hammer contre les siens. Et lorsque les ténèbres l'emportent finalement, Dwight se prend à espérer qu'elles le gardent.



Interlude



C'est un jour de beau temps. Le soleil brille haut dans le ciel. Les oiseaux chantent. La nature s'émerveille et semble sourire à tous ceux qui la foulent. C'est un bon jour pour être heureux. C'est un bon jour pour être honoré.

Il se tient à côté du cercueil. Droit. Vide. Son regard est fixé sur le drapeau des États-Unis d'Amérique, sur ses belles couleurs et ses étoiles étincelantes de liberté. Et pour la première fois, il ne ressent rien. Rien. Le néant a englouti son cœur, ce même cœur qu'il arracherait cent fois pour espérer défendre cette nation dont il ne se sent plus digne. Dwight se sent minuscule face à la grandeur de cette cérémonie dans laquelle il n'a pas sa place. La bannière de son pays lui semble accusatrice. Pars. Fuis ces lieux. Tu n'as rien à y faire. Tu ne mérites rien. Dégage. Et l'envie est si prenante, si puissante, de simplement obéir et de courir en bon lâche loin de cette foule qui veut le louer pour ses crimes... Le soldat supplicié, soudain, se voudrait déserteur.

« Caporal Hammer, 29 ans, est mort dans le service de ses fonctions le 29 avril 2011. Jusqu'au bout, il a donné tout ce qu'il avait pour servir sa patrie et ses idéaux, ainsi que pour venir en aide aux plus démunis, américains ou non, soldats ou non. Son sacrifice doit s'ancrer dans nos mémoires comme le plus formidable des cadeaux, et nous devons avant tout nous souvenir de ses formidables qualités : bravoure, honneur, fidélité. Ce sont ces vertus qui aujourd'hui lui valent la plus prestigieuse des médailles, et c'est avec honneur que nous lui discernons, au nom des États-Unis d'Amérique, la Purple Heart, à titre posthume, afin que la dette de notre pays envers ses soldats ne soit jamais oubliée. »

Dwight regarde droit devant lui quand le Colonel s'approche de lui, incapable de voir l'expression de son visage. Sa gorge se noue. Ses mains tremblent. Il ne veut pas. Si seulement, si seulement il pouvait refuser...

« Sergent Manson, 34 ans, blessé dans le cadre de ses fonctions le 29 avril 2011. Votre courage, votre bravoure et votre dévouement vous ont valu une blessure au genou, mais aussi toute la reconnaissance de votre pays. Votre sacrifice, soldat, ne sera pas oublié. Vous faites vous aussi partie des héros de cette République. »

Il n'est pas un héros. Il est tout sauf ça. Il ne veut pas de cette médaille, il ne l'a pas méritée. Il n'a rien fait d'héroïque. Il n'a pas sauvé Hammer. Il n'a pas aidé son équipe. En réalité, il est chanceux de n'avoir qu'une mort à endosser. En réalité, il est un moins que rien.

« Les États-Unis d'Amérique vous offrent leur reconnaissance sous la forme de la médaille la plus honorable qui soit : la Purple Heart. »

Ses yeux s'embuent sans qu'il ne puisse le contrôler tandis que le Colonel s'approche de lui. Il se sent sale. Il est un usurpateur et voudrait le crier, le hurler, pour que tous ici puissent se rendre compte qu'il n'est rien, qu'il n'a rien fait d'honorable, que le véritable héros ici repose dans un cercueil et qu'il est celui qui l'y a mené. Mais il ne fait rien, reste désespérément silencieux, suture ses lèvres pour ne jamais laisser échapper son désespoir et aimerait pouvoir en faire de même avec les paupières traîtresses qui s'emplissent de larmes.

La Purple Heart est belle. Merveilleusement belle. Elle tient en son sein tous ses rêves d'enfant, toutes ces illusions entretenues par trente ans de stupidité, ces idées reçues qu'il voudrait désormais piétiner. Et elle est lourde, si lourde qu'il se sent ployer sous son poids, sous toute cette haine qu'il ne sait plus vers qui tourner, sous toute cette douleur qu'elle paraît symboliser. Lorsque le Colonel la fixe à sa veste, quelque chose en lui se rompt. L'enfant crève sous la même balle que Hammer.

Bienvenue dans le monde adulte, Manson. À la guerre, il n'y a pas de héros.


[Part II dans l'autre fiche]

Un petit mot sur l'auteur ?

  • pseudoici
  • prénomGaëlle
  • âge17 ans
  • comment avez vous trouvé le forum ?Un très bon contexte dans lequel j'avais envie d'installer mon carton !
  • Un commentaire ?♥ sur vous


Famille et relations

« Moi j'ai pas d'famille, mais vous direz qu'j'en ai eu une. J'sais pas si on peut appeler comme ça des gens qui vous abandonnent pa'c'que vous avez soit-disant dégénéré. Ha... La bonne blague.

M'enfin, regardez autour de moi. Je remplace le matériel par le physique, j'suppose, mais ça c'est mon foyer. Alors ouais, ça change de fréquentations. J'me plains pas. J'suis pas seul dans mon palace, on s'le partage à plusieurs princes. On troque nos fortunes contre des festins et on discute du destin. Notre pont nous apporte plus de chaleur que le cœur de nos mères. Y'a pas de honte à vivre sous terre quand c'est à la surface que se trouve notre Enfer. On a tous un métier et on est riche de cœur. Guides touristiques, agents immobiliers ou explorateurs, on a appris sur le bitume c'qu'on vous enseigne à l'école. La lucidité du macadam, c'est d'observer en groupe que la foule urbaine est folle.

Mes gars ont troqué leurs costards contre des guenilles. Ils s'rasent pas et ont l'haleine à faire fuir un chacal, mais z'ont plus de place dans le cœur qu'il n'y a d'argent dans le monde. Ils ont des gueules cassées, l'esprit détraqué et l'âme brisée, mais sont toujours plus grands que le plus grand des puissants. Alors voyez, j'ai pas d'fric et j'suis fauché, mais je crois que j'ai la richesse de savoir sur qui compter. »

Caractère & physique en option

Ils sont des ombres, à peine plus que des silhouettes. Des sortes de fantômes que l'on aperçoit déambulant au cœur des villes, sans but ni trajectoire définis, des âmes errantes que l'on apprend à ignorer, que l'on finit par ne même plus voir. Au final, ils font partie du décor. Leur place est sous le soleil battant de l'été, dans les bras fougueux de la bise d'automne, serrés contre le froid de l'hiver. Personne ne remarque leur présence diffuse, spectre omniprésent d'une réalité qu'on se refuse à reconnaître. Ironie de constater que les sans-abris ne sont regardés que lorsqu'ils préféreraient ne pas l'être. Triste de sentir les regards désapprobateurs des voyageurs, ces mêmes passants qui les ignoraient tandis qu'ils mendiaient, converger vers leur figure crasseuse alors qu'ils se glissent dans un métro pour changer de perspective.

Dans cette foule invisible, Dwight n'est qu'un épouvantail comme un autre. Une silhouette clopinant entre deux ruelles, couverte d'un vieux manteau éreinté qui la couvre jusqu'au haut des cuisses. Des cheveux bouclés et tristement gras, hirsutes comme la barbe qui dissimule les joues creusées par le vent du dehors, coulent en cascade autour d'un visage halé aux traits sculptés par le temps. L'eut-on regardé, ne serait-ce qu'un instant, on eut remarqué ses yeux d'un bleu profond et sage, océan aux couleurs de son âme. On eut pu deviner, sous son air négligé, le faciès modelé d'un homme qui aurait pu être séduisant. Aujourd'hui, Dwight ne se tient plus droit. Il a appris à se faire discret, à courber l'échine sous le regard suffisant des citadins pour mieux, parfois, voler le contenu de leurs poches arrières. Sa vitesse d'exécution le rappelle à un autre temps, un temps où il était plus athlétique et où sa jambe droite bougeait avec fluidité. En dépit de cette claudication, Dwight est encore capable de courir. À sa manière.

Quand vient le soir et avec lui le temps de rentrer, c'est sous un pont qu'il va s'installer. Son pont. Leur pont. Ils sont cinq à le partager, certains depuis des années, d'autres depuis quelques mois. Leur foyer de carton accueille tous ceux qui ne sont pas belliqueux. Là, alors, Dwight se permet d'être lui-même, un homme plutôt qu'un déchet. Là, Dwight renoue un peu avec la normalité égarée depuis trop longtemps. Il cache ses blagues derrière un air bourru pour faire peur aux nouveaux, réconforte ceux qui osent parfois confier leur mal-être et offre son silence à ceux qui le désirent. Même s'il ne prétend plus avoir une quelconque vertu, il a conscience de ne pas être le pire des mécréants. Et puis il sait. Il sait que dans ce genre d'endroit, la confiance est une richesse plus essentielle encore que l'argent, sait à quel point il est aisé de la perdre et de se laisser sombrer dans une solitude qui ne conduit nulle part. Alors, armé de volonté et d'une rage dont il ne connaît même plus l'origine, Dwight va de l'avant.

Vivre dans la rue n'est pas chose aisée. Chaque jour est un combat, du lever au coucher, un combat contre la faim, contre le froid, contre l'indifférence, un combat contre soi-même et contre la vie, peut-être. Pourtant il s'y sent étrangement à sa place. Une histoire d'habitude, sans doute, de passé aussi. Ici la vie est aussi simple que Là-Bas. On se lève, on se bat, on apprécie la compagnie de ses camarades, on se couche. Ici, il n'a plus à affronter le reste. Parfois, Dwight se prend à songer à des inepties. Parfois, Dwight se sent si éloigné de ce train de vie dit normal qu'il ne peut s'empêcher de penser qu'il vaut peut-être mieux pour lui ne pas tenter d'y correspondre de nouveau. Il en est incapable. Il n'en est plus capable depuis trop longtemps. Alors parfois, la colère prend le dessus, et l'homme se sent soudain la rage d'un animal. Une colère passagère, une haine meurtrière qui s'estompe comme un orage s'égare, mais qui fait pulser ses veines et contracter ses muscles comme pour les briser. Parfois, Dwight se dit qu'il aurait mieux valu ne jamais quitter l'Afghanistan. Puis il se reprend, et poursuit cette vie, guitare à la main, nonchalance au cœur et courage aux tripes.

Études supérieures & métier

Toute sa vie, Dwight a rêvé d'un jour porter un uniforme qui rende son pays fier. Toute sa vie, Dwight s'est imaginé porter cet ensemble vert kaki, avec ces grosses chaussures de travail et son nom inscrit sur la poitrine. Toute sa vie, Dwight a voulu se battre pour la Liberté et délivrer en son nom les populations abusées. Cette promesse à lui-même, il l'a gravée dans son cœur alors qu'âgé de cinq ans à peine, il regardait pour la première fois les images de ceux qui deviendraient ses idoles sur son écran télévisé. Des héros de guerre. Des hommes qui chaque jour se battaient pour que personne d'autre n'ait à le faire. Ses parents pensaient que cette manie lui passerait, comme devenir astronaute s'estompe de l'esprit des tout-petits pour se teinter d'une réalité moins effrayante. Ils avaient tort.

À 17 ans, le corps noué de muscles et l'esprit prêt au combat, Dwight s'engage dans l'armée. L'année suivante, en 1995, le jeune homme est déployé en renfort aux forces de l'OTAN pour intervenir au cœur de la guerre civile qui déchire la Bosnie-Herzégovine. Il goûte au terrain et ses certitudes s'affermissent. Il est fait pour ça. Fait pour défendre la vie et la liberté des autres, pour une guerre qui défend la paix. Au grand dam de ses parents, il persévère. Trois ans plus tard, il est envoyé en Irak. Le conflit là-bas est plus long, plus douloureux, mais Dwight s'y accommode. Il doit le faire. Pour les autres. En 2001, il est déployé en Afghanistan. Il effectuera des missions sur place durant dix ans et obtiendra le grade de Caporal-chef ainsi que de nombreuses médailles qui feront sa fierté. L'armée, toute sa vie.

Aujourd'hui, ces temps sont révolus. Aujourd'hui, la profession de Dwight, c'est mendier, voler parfois. Survivre, surtout.
©linus pour Epicode


Dernière édition par Dwight L. Manson le Mer 14 Juin - 14:24, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 2:07

Saluons le Roi de la rue !
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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 8:36

Officiellement bienvenue sur Malleus, Dwight !

Plein de courage pour ta fiche, n'hésite pas si tu as des questions ou le moindre souci ♥️

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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 13:51

Bienvenue sur MM Dwight !
Bon courage pour la rédaction de ta fiche, et au plaisir de te parler sur la CB !

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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 14:28

Bienvenue

Hate de voir cette fiche et surtout ce personnage !! Et peut-être au plaisir de te retrouver en RP :)
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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 15:26

OH UN MOLDU SDF ! Prometteur !!!
*donne une baguette de pain rassis*
Hâte de lire cette fiche et d'apprendre à connaître vos poux apprivoisés Mister Manson !

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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 15:46

Bienvenuuuuuuuuuuuuue /o/
J'espère que tu te plairas chez nous !

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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 17:21

Bienvenue et bon courage pour ta fiche!
Je me réjouis vraiment de la lire!
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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 19:21

Merci à tous pour cet accueil /o/

*croque le pain rassis comme si de rien n'était* 'rci.

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MessageSujet: Re: « C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson   Lun 29 Mai - 19:46

Bienvenue m'sieur le crasseux ! Bon courage pour cette fiche bien prometteuse !

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« C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qu'est à nous ! » - Dwight L. Manson

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